Yvan Blot entre Ciel et Terre

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L’Homme est entre Ciel et Terre. C’est dans cette station debout, cause de multiples tiraillements et de contradictions sans cesse renouvelées, qu’il acquière la marche, déséquilibre permanent et néanmoins maitrisé, qui lui permet d’avancer. Comme le rapporte l’évangéliste (Luc 9-58), « Le fils de l’Homme n’a nul endroit où reposer la tête ».

Yvan Blot, penseur du politique, de l’Homme, animal politique et social, mortel mais néanmoins humain car porteur en lui d’une part de divin, n’échappera, comme chacun d’entre nous, à aucune de ces contradictions.

Science Po, l’ENA et même en cours de route une thèse d’économie sur Spencer (Un évolutionniste contre l’étatisme), Yvan Blot reste pourtant toute sa vie le contempteur de l’Etat, de la technocratie et de ses méthodes bureaucratiques, sans pour autant verser dans un grand optimisme néolibéral ou pantoufler comme nombre de ses congénères dans le privé et les banques. Yvan Blot, représentant élu (de l’Assemblée Nationale au Parlement de Strasbourg, en passant par le Conseil Général du Pas de Calais, le Conseil Municipal de Strasbourg, le Conseil Régional Alsace), est pour la démocratie directe, admire une société « sans Etat », la Suisse et défend la France périphérique, laissée pour compte du capitalisme financier et de l’oligarchie mondialiste.

Yvan Blot paraît néanmoins tout à fait à son aise en philosophie, ce qui ne représente en aucun cas sa formation de départ. Penseur de l’Occident (Dans son opposition à l’Orient), il renoue néanmoins avec le choix de Parîs, Prince Troyen, contre les achéens. Il s’affirme descendant d’Athéna, ne ferme pas la porte à Aphrodite et semble négliger la déesse épouse, Héra. Ivan Blot n’est pas un légitimiste, c’est un révolté et donc…un opposant. Il ne pense pas tant la tripartition indoeuropéenne chère à Dumézil comme un modèle social à adopter qu’une façon de lutter contre l’inversion de toutes les valeurs, de toutes les hiérarchies, de toutes les échelles, l’économique régnant en seul maître, soumettant l’aristocratie politique et le spirituel grâce à l’instrumentalisation d’un appareil sécuritaire qui se retourne contre le Peuple. Mais le descendant d’Athéna restera toujours un cœur brulant, adepte du patriotisme et de l’Homme héroïque. Ce n’est pas la raison raisonnante qui lui fera penser la lutte pour la vie dans les dernières années (Darwinisme social, sociobiologie) mais le sentiment.

S’aventurant dans ses deux principaux ouvrages philosophiques (Nous les descendants d’Athéna/ L’Homme défiguré) aux origines de la civilisation occidentale en Crête, à Mycènes dans le Péloponnèse, dans la Grèce des cités jusqu’au Royaume hellénistiques, Yvan Blot va croiser les grands philosophes de l’antiquité. Il ne se reconnait probablement, esprit sans dogmatisme, dans aucune école de pensée particulière. La philosophie d’Héraclite ressort néanmoins. Mais c’est l’Héraclite d’Heidegger comme la théorie de la causalité en métaphysique d’Aristote qui donne le quadriparti (Heidegger, l’écartèlement de l’étant dans ses 4 dimensions : la terre, le ciel, les hommes et les dieux). Le philosophe Allemand sera lui-même sensibilisé à Aristote par les lectures du penseur catholique Franz Brentano (« La diversité des acceptions de l’être d’après Aristote »). Martin Heidegger, à l’origine tenté par les ordres, évoluera ensuite tant et bien qu’il verra dans le penseur grec le précurseur de la phénoménologie d’Husserl… Yvan Blot n’a pas toujours un accès direct aux philosophes qu’il lira néanmoins toujours dans le texte et la langue de l’auteur.

Héraclite est un penseur de l’impermanence. Rien n’est donc plutôt ceci que cela, mais tout le devient. Les choses ne sont jamais achevées, mais sont continuellement créées par les forces qui s’écoulent dans les phénomènes. Les choses sont des assemblages de forces contraires, et le monde est un mélange qui doit sans cesse être remué pour qu’elles y apparaissent 

« La guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi[] » Héraclite.

Face au désordre, au chaos qui domine sur terre, il faut s’inspirer de l’ordre qui règne dans les cieux, lieu de l’unique vérité selon Héraclite (C’est la procession des étoiles, l’harmonie des sphères, les cycles et l’éternel retour de toutes choses à l’identique). C’est le logos, principe de touche chose, cette connaissance est la sagesse et elle consiste à suivre l’Un. On trouve les idées d’écoulement et de mobilité universelle, de la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, de l’identité de ces mêmes contraires. Retrouver le sens du Logos passe par un réveil, une ressouvenance (Heidegger forgera le concept d’Ereignis sur cette base).

Yvan Blot se fait une vision classique, tous ses écrits en attestent, de l’homme en tant qu’homme et en société. Il part des grands principes de la paidéia grecque, à savoir faire des hommes et les arracher à l’enfance irresponsable, former en priorité moralement, une éducation physique et militaire pour compléter l’éducation intellectuelle (Mens sana in corpore sano), le primat de l’homme sur le technicien avec l’importance de l’histoire et de la culture générale pour apprendre la psychologie humaine. Nous voyons que l’éducation classique en occident a repris ces principes en y ajoutant la dimension spirituelle propre du christianisme, l’imitation du Christ. L’honnête homme est la version moderne du Kalos Kaghatos des grecs, beau et talentueux.

Le classicisme grec insiste toujours sur la notion de mesure qui est la base de la sagesse comme des arts. Sur le chemin de la sagesse, l’homme est libre et doté de raison. L’homme est un animal politique (Zoon Politicon) et social. Il existe un sens de la justice chez les grecs, basée sur la Dikè, c’est à dire un sentiment chez le citoyen de se sentir lié aux autres par la justice et l’honneur (Aidos) et qui assurera la prospérité de la Cité. Ce sens de la mesure, de l’harmonie, inspirera la création artistique des grecs dont je rappelle qu’elle découle de l’observation de la nature, tout à l’opposé de la démesure des arts modernes où l’homme est aux commandes. Rappelons que chez les grecs, l’Homme n’est pas la mesure de toute chose, mais plutôt le nombre, clé de l’harmonie, chez les géomètres comme chez les pythagoriciens. Ceci inspire de très belles pages à Yvan Blot dans son ouvrage maitre, « Nous les descendants d’Athéna ». Il nous parle des modules qui unifient l’ensemble des constructions des temples grecs et de ses parties, d’eurythmie, dit Vitruve, juste proportion. « Ainsi est le Parthénon, ramassé sur le sol avec un calme mystérieux, ne présentant aucune ligne droite. On éprouve de la sorte un sentiment de mouvement rythmé qui transcende la fixité du bâtiment et son enracinement dans l’ici-bas. Tout s’équilibre comme par miracle, dans l’ordre scrupuleusement établi et codifié » (Yvan Blot). Il existe selon Yvan Blot une correspondance, une résonnance, entre notre esprit et le logos de l’univers. Il se risque même à conclure sur la nécessaire incarnation de la beauté.

En même temps et c’est paradoxal, Yvan Blot est un admirateur de l’Art baroque, mouvement naissant en Italie dés le 16ème siècle, se caractérisant par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance des formes, la grandeur parfois pompeuse et le contraste. On retrouve ici l’autre versant de la pensée grecque et germanophile d’Yvan Blot, celle d’Héraclite et d’Heidegger, la tentation d’un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possible.

Autre paradoxe chez Yvan Blot, à coté de la description de l’harmonie sociale chez les grecs, une pensée tenace, qui remonte loin chez lui, liée au darwinisme social avec Herbert Spencer, théorie qui postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l’état naturel des relations sociales. Selon cette idéologie, ces conflits sont aussi la source fondamentale du progrès et de l’amélioration de l’être humain. Son action politique préconise de supprimer les institutions et comportements qui font obstacle à l’expression de la lutte pour l’existence et à la sélection naturelle qui aboutissent à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes. Nous sommes loin des conduites charitables du christianisme social, à moins éventuellement de considérer que l’empathie et la sociabilité sont le produit de la sélection naturelle et de l’évolution humaine … Rappelons que ces théories ont un versant indéniablement racialiste et eugéniste mais pas uniquement.

Yvan Blot tentera une synthèse entre ces deux courants de pensée, évolutionniste et chrétien avec sa théorie de la tradition qu’il oppose d’ailleurs à la raison et au rationalisme moderne, dont il soulignera les limites. La tradition chez Yvan Blot est le résultat d’une sorte de sélection des meilleures conduites humaines permettant la survie de la société et accessoirement de l’espèce. Il dénonce en sens contraire la pensée rationnelle du technocrate ou du manager des entreprises du CAC 40 qui ne peut en aucun cas arriver au même degré de raffinement et d’intelligence collective que ce qui a été sélectionné au cours des siècles et des millénaires, qui représente un condensé d’intelligence et de savoir, la tradition. Son adhésion aux principes de la Démocratie Directe n’a pas d’autres raison que cette capacité que peut avoir le Peuple parfois contre l’élu, contre le représentant, de dégager des solutions conforment à la tradition. Il insiste dans ce cadre sur le bon sens populaire et défend une démocratie de propriétaires, de personnes sensées et intéressées à la bonne marche de la société et à la transmission entre génération. C’est un éloge de la lenteur, à mille lieux du progressisme ambiant. La solution se trouve dans le passé tel qu’il est actualisé au présent pour l’avenir.

La philosophie d’Yvan Blot comme celle de son maître Heidegger s’appuie sur une ontologie de l’être qui doit conduire au réveil et la vie authentique, c’est à dire un retour aux traditions de l’antiquité. Nous verrons comment il cherchera finalement à marier ces certitudes avec la conception de l’incarnation à proprement parler, elle, chrétienne, qui ne réduit pas dieu à la tradition comme pourra le prétendre Hayek.

Dans La politique d’Aristote, il est écrit : « La cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique, et que celui qui est hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un être surhumain, et il est comme celui qui est injurié en ces termes par Homère : sans lignage, sans loi, sans foyer ». Hors cité est le sauvage mais hors le monde le barbare moderne, dans un « im-monde » comme l’écrira son ami et confrère Jean-François Mattei. Si les grecs ont le sens de la mesure et de l’harmonie, ils ont aussi la crainte de l’Hubris, de la folle démesure, fruit de la liberté humaine. L’Homme est un mortel avant d’être un humain ou même un citoyen. « L’Homme habite en poète et entre ciel et terre, il va vers la mort » soulignait Hölderlin.

La démesure, l’Hubris reconduit au chaos et c’est cela aussi la tragédie de l’Histoire. Pour argumenter son propos, Yvan Blot faisait souvent référence à l’ouvrage maître d’Arthur Koestler: « Le cheval dans la locomotive » ou encore au neurobiologiste Paul MacLean (Cerveau Triunique). Le cerveau humain est composé de trois parties, le cerveau reptilien, le cerveau limbique et le cerveau rationnel, toujours cette trinité qu’il retrouvera dans la vision tripartie de l’âme humaine chez Platon comme chez Saint Georges terrassant sur son cheval le dragon. Le cerveau reptilien, ce sont les instincts comme l’antique figure de Chaos dans la mythologie grecque. Le cerveau limbique est l’empathie des mammifères supérieurs, le cerveau rationnel étant une spécificité humaine avec le cerveau préfrontal et les neurones miroirs. Que le cerveau rationnel disparaisse et l’alliance du cerveau limbique et du cerveau reptilien font de l’homme un sauvage. Que la raison humaine s’allie avec le serpent et neutralise le cœur et nous aurons la barbarie moderne, seule l’alliance du rationnel et du limbique peut avoir « raison » du chaos des instincts et faire l’homme civilisé.

L’Hubris se développe dans l’Histoire et trouve avec l’idéologie révolutionnaire un débouché qui jette le monde dans la Tragédie. Pensons à la dénonciation des faux prophètes par Yvan Blot : Marx, Freud mais aussi Voltaire et Rousseau, les penseurs des lumières.

En disciple de Martin Heidegger, Yvan Blot pense l’existence humaine pervertie (Barbarie athée du 20ème siècle) par le « Gestell », système d’arraisonnement utilitaire dont deux variantes ont dominé le monde, la variante marchande américaine et celle bureaucratique de l’Union Soviétique. Le Gestell installe une uniformité ou tout s’évalue à l’identique, il exige, met en demeure la Nature de fournir son énergie. Dans l’esprit d’ Heidegger la « technique moderne » reste une « techné » mais elle l’est dans un sens « radicalement nouveau », différent du sens grec. Il ne s’agit plus de dévoiler une « chose en soi », mais de la saisir eu égard aux paramètres mathématiques et physiques qui vont permettre la « mise en réserve ». En ayant le caractère de mise en réserve, la technique moderne implique l’« objectivité » et la  « mensurabilité »  de toute chose. Heidegger aimait à citer la phrase de Max Planck « Est réel, ce qu’on peut mesurer ». Même si la technique moderne se définit aussi par un rassemblement de moyen, en vue d’une fin, elle n’en présente pas moins un caractère de « réquisition » de la nature qui consiste à soumettre puis libérer, transformer, accumuler, répartir « dans un dispositif articulé et mouvant » d’où la définition de son essence par le terme de Gestell . L’essence de la technique, ainsi abordée, se dissimule derrière une représentation instrumentale exclusive (les moyens techniques). Heidegger fait de l’âge technique une époque, dans l’histoire de l’être, qui porte à son comble ce qu’il appelle l’« oubli de l’être » enclenché par la métaphysique et sa forme ultime : la volonté de puissance de Nietzsche et le nihilisme qui va avec (Chez Nietzsche le « vouloir » franchit une étape supplémentaire en ne voulant plus que lui-même, c’est-à-dire toujours plus de puissance).

La vie authentique est la vie responsable tandis que la vie inauthentique est la vie de celui qui se laisse mener par l’opinion, le fameux « On »… Revenir à une vie authentique, rompre le charme de l’oubli de l’être, c’est donc se ressouvenir, c’est sur le plan ontologique l’ouverture de l’être, l’Ereignis, concept forgé par Heidegger. Heidegger l’entend comme er-eignis, ce qui amène à être proprement soi, ce que la chose doit être en propre, sa propriété, d’où la traduction possible d’« événement appropriant », il ne s’agit nullement d’un fait survenant mais « d’un accomplissement d’une initiale possibilité, antérieure à tout événement ontique ». L’être comme le temps, entrent en présence ou plutôt, ne sont rien d’autre que la venue en présence de tout ce qui est. Cette présence ne dérive pas d’autre chose que d’elle-même. Elle advient d’elle-même et par elle-même, elle se donne, ou plutôt est elle-même pure donation de présence. Heidegger nomme cette donation originaire de la présence, qui est à la fois la vérité de l’être et la vérité du temps, das Ereignis.

Alors ce terme « événement » laisse entendre qu’il pourrait y en avoir plusieurs, mais, pour Heidegger, l’Être est unique et intemporel. C’est la limite de l’âge classique, du monde grec. Nous arrivons ici à un point charnière de notre exposé. Aussi récapitulons selon la méthode du quadriparti et des 4 causes d’Aristote (Cause formelle, matérielle, motrice et finale). Nous sommes arrivés avec Yvan blot à concevoir la vie authentique en tant qu’existence (L’être d’Heidegger, Nous aurions pu parler de l’être au monde, ouvert au monde de Gehlen), les traditions (Hayek, Dumézil et les trois ordres), la personne humaine (MacLean et Dostoïevski : Les frères Karamazov, avec Aliocha qui représente l’espoir de l’humanité, il a du cœur et de la foi. Comme Shakespeare dans le Marchand de Venise avec Bassanio, le prétendant de Portia, celui qui est prêt à tout risquer : les trois boites) et l’incarnation (Religion chrétienne : Par exemple Saint Jean Climaque et l’Echelle Sainte et les Pères de l’Eglise : La déification, Théosis, Dieu s’incarne pour que l’Homme se divinise).

Yvan Blot fait une description éclairante du moine syriaque Saint Jean Climaque, Saint du 7ème siècle, saint catholique et orthodoxe. Il décrit la foi comme un combat pour se rapprocher de dieu par une discipline continue (Guerre spirituelle), il parle de christianisme viril et grec qui se traduit par un renoncement au frivole. Chaque échelle est une épreuve. Il y a pénitence mais sans le démon de la tristesse, une ascèse sans orgueil, l’humilité et le discernement. 30 degrés donc pour une épectase:

  • degrés 1–4 : renoncement au monde et obéissance à un père spirituel ;
  • degrés 5–7 : pénitence et affliction comme voies de la véritable joie ;
  • degrés 8–17 : lutte contre les vices et acquisition des vertus ;
  • degrés 18–26 : fuite des pièges de l’ascèse (paresse, orgueil, pusillanimité) ;
  • degrés 27–29 : atteinte de l’hésychia (paix de l’âme) et de l’apatheia (impassibilité). Je dors mais mon cœur veille.
  • 30éme degré : Charité, amour divin, illumination.

Yvan Blot conclut alors avec une méditation sur l’icône, qui est avant tout un visage (On retrouve la défense du figuratif dans l’Art), au centre du christianisme, en particulier dans sa version orthodoxe. C’est la transfiguration aussi plus que le Christ sur la croix.

Conclusion : Nous pourrions nous arrêter là mais Yvan Blot, tout au long de sa vie, a donné l’exemple inverse. On ne peut pas selon moi s’arrêter à cette religion de l’incarnation, et même de la Théosis. La religion chrétienne est aussi une religion de la création, ce que refusera le philosophe de Fribourg. Toute la difficulté qui appelle aujourd’hui une nouvelle anthropologie, c’est le mariage de l’incarnation du nouveau testament et de la création de l’ancien testament.

Heidegger, une fois perdu la foi déclare la guerre à cette idée de monde créé, le monde étant selon lui cet incréé, cette matière intemporelle, permanente, sans début ni fin. Et c’est la raison pour laquelle il est amené à faire sienne la pensée d’Héraclite et sa métaphysique de l’être comme celle d’Aristote, les astres sont des substances divines qui échappent à la genèse et à la corruption. Ou l’Univers est éternel et cyclique qui était la doctrine de Platon. Les plus anciennes mythologies égyptiennes, sumériennes, assyro babyloniennes, cananéennes, proposaient une histoire selon laquelle à l’origine, le Chaos est premier. C’est lui qui est en réalité l’Être absolu. Les dieux sont issus de ce Chaos originel. Ils naissent. Ils deviennent. C’est ce qu’on appelle en grec une théogonie, la genèse de la divinité, la genèse des dieux. Les dieux qui sont issus du Chaos originel se battent entre eux. Ils se font la guerre. Ils se massacrent entre eux. C’est ce qu’on appelle, d’un autre mot grec, une théomachie. On retrouve tous ces thèmes dans l’antique Théogonie du poète grec Hésiode.

Résumons nous pour Héraclite : Si l’Univers n’est pas créé (C’est aussi soit dit en passant la pensée des maîtres de l’idéalisme allemand et c’est la pensée de l’un des maîtres du matérialisme allemand : Karl Marx…), alors, il est incréé. Il est l’Être lui-même. Il est divin. Il n’a pas commencé. Il ne finira jamais, parce qu’il est l’Être Il est cyclique donc.

C’est, disons le tout de suite, l’inverse de la pensée des hébreux pour qui le monde est créé, seul le créateur étant incréé (Coupure du monde créé et de son créateur).

Les maîtres de l’idéalisme allemand, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer, vont tous rejeter avec horreur et détestation l’idée hébraïque de Création, qui exprime la distinction entre l’être créé et l’Être incréé et unique. Le poète Hölderlin écrit sur le cahier de son ami Hegel, au séminaire de théologie protestante de Tübingen, dans les dernières années du XVIIIe siècle : l’Un et le Tout ! Fichte explique que l’idée hébraïque de Création est l’erreur métaphysique fondamentale, absolue, de toute fausse philosophie. Pour Schopenhauer de même, la bonne Pensée, c’est celle de l’Inde, celle de la Grèce antique. La mauvaise Pensée, c’est celle des Hébreux.

Ce sera une doctrine constante dans l’Université allemande, jusqu’à Nietzsche et le philosophe allemand Martin Heidegger. Si vous supprimez l’idée de Création, si l’être c’est le monde, si vous supprimez l’idée hébraïque de Création, il vous reste sur les bras l’Univers et la Nature. L’Univers se réenchante et il y a du sacré partout.

Heidegger rejette de la philosophie la création. C’est une question de croyance selon lui et non de pensée. L’illustre professeur de l’Université de Friburg a commis là une erreur de fait. Dans toute la tradition hébraïque, l’existence de Dieu créateur n’est pas du tout une question de foi au sens allemand du terme Glauben, mais une question de connaissance par l’intelligence, hébreu iada. De même selon les Pères grecs et les Pères latins, selon les Pères de langue syriaque, et selon les grands docteurs du Moyen Age, la question de l’existence de Dieu créateur ne relève pas de la croyance, mais de la connaissance par l’intelligence.

L’idéalisme allemand jusqu’à Heidegger conserve donc un vieux fond païen (Et en même temps de l’hérésie de Marcion négatrice de l’ancien testament et proche du gnosticisme/ A l’ opposé du gnomisme que défend Yvan Blot : Vérité éternelle et intemporelle). Il lui vient des penseurs de la Grèce antique, ce qui interroge en retour le concept d’Helléno-Christianisme, longtemps cher à Yvan Blot et qui rejette le judaïsme pour une greffe du christianisme au monde hellénistique. C’est l’Incarnation du Logos, trop rapidement selon moi, identifié à l’évangile selon Saint Jean.

Yvan Blot au seuil de la mort, toujours entre ciel et terre, fera, c’est une certitude, ce dernier retournement vers un christianisme véritable qui prend en compte les racines judaïques du christianisme. Il l’appréhende entre autre en Russie avec le philosophe Nicolas Berdiaev pour qui comme chez tout grand mystique chrétien la finalité de la création n’est pas seulement la divinisation de l’Homme mais l’union sans confusion de l’Homme et de Dieu, du créé et de l’incréé, dont le siège de cette union est l’esprit en l’Homme. Alors et alors seulement s’unissent l’incarnation trinitaire (corps, âme, esprit) et la quadrature de l’Être (La croix). 3 et 4 font 7. C’est le passage… Ce fut la dernière métamorphose de sa pensée.

Nicolas STOQUER

Administrateur national des VPF

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