Un plan de relance inadapté

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Le plan de relance français, annoncé par Castex et Le Maire, sera probablement un nouveau fiasco retentissant de ce gouvernement. Un de plus, me direz vous. Sauf qu’il représente cette fois une de nos dernières chances de survie de notre économie, menacée d’effondrement. Une chance qui, je le crains, sera gâchée.
Voici pourquoi :
– Un plan de relance de 100 milliards d’euros : très court, quand on sait que la récession de l’année 2020 représente une perte de 270 milliards d’euros de PIB. En sus, ce plan est prévu pour s’étaler sur deux ans, soit cinquante milliards par an seulement. Et on ne connait pas le niveau de récession de 2021, mais les dernières mesures laissent craindre de nouvelles et lourdes pertes. En sus, la communication gouvernementale cache le fait que ces 100 milliards intègrent les 40 milliards d’euros du plan de relance européen, qui nous couteront au final 80 milliards d’euros…

– Un plan de relance qui se repartit en 3 volets : 36 milliards pour la compétitivité, 30 milliards pour la transition énergétique, 334 milliards pour la cohésion sociale et territoriale. Le tout se veut équilibré, mais risque au final de ne produire aucun effet, à force de saupoudrage. On dirait que le plan est calibré pour complaire à des clientèles électorales, n’oublier personne avant 2022, écologistes et élus locaux en particulier.

– Le volet compétitivité est essentiel pour relancer les entreprises françaises et amorcer la relocalisation indispensable de nos industries. Or seulement 10 milliards d’euros par an sont consacrés à la baisse des impôts de production. Il faut baisser les impôts de production, car la France pâtit d’une fiscalité sur la production qui la pénalise même vis à vis de ses concurrents européens, et détruit le tissu industriel. Mais dix milliards d’euros par an, c’est insuffisant pour se remettre au niveau de l’Allemagne, de l’Espagne ou de l’Italie. Il aurait fallu au moins 17 milliards de réduction par an pour se remettre au niveau, la mesure ne couvre que la moitié du chemin qu’il faudrait, et si elle sera un ballon d’oxygène pour les entreprises, elle sera insuffisante pour qu’elles puissent être compétitives. Par ailleurs, moins de 1 milliard d’euros sont consacrés aux investissements dans les relocalisations : or, une usine coute entre 60 et 150 millions d’euros ! Le plan finance donc la relocalisation de 12 à 15 usines en France sur deux ans ! Le nucléaire, le spatial, la géothermie, l’électronique ne bénéficient de pas ou peu d’aides, alors que ce sont des secteurs d’avenir et stratégiques !

– Le volet transition écologique est trop gonflé, mais cela correspond aux exigences de l’UE (qui on le rappelle contrôle 40 milliards sur ce plan de relance, et a fait de l’écologie une priorité), et des alliés ecolos du pouvoir. Or, on a vu par le passé que les investissements dans ces domaines ont souvent été une gabegie incroyable : 38 milliards d’euros investis dans le photovoltaïque, puis 41 milliards dans l’éolien, alors que tout cela s’est traduit par des échecs, de l’énergie produite à cout dix fois supérieurs au nucléaire ! Les 7 milliards consacrés à l’innovation des bâtiments, et les 2 milliards à l’hydrogène sont pertinents, ils sont porteurs d’emplois et d’économies d’energie. Le reste consiste à effacer la dette de la SNCF une fois de plus, à développer des transports plus propres, à financer la voiture électrique dont on voit bien qu’elle a du mal à s’imposer, et risque de renforcer notre dépendance à l’étranger (les batteries au lithium viennent de Chine… ).

-Le volet cohésion sociale et territoriale est un exercice de saupoudrage électoraliste et clientéliste. L’accent mis sur la formation est pertinent, les aides à l’embauche de jeunes de 4000 euros seront un simple effet d’aubaine pour des patrons peu scrupuleux, le reste ne servira à rien.

Un plan de relance efficace devrait être plus conséquent en terme de montant, et réparti différemment. Il faut : dégager des moyens supplémentaires en cédant certaines participations de l’état dans des secteurs non pertinents, et une partie du patrimoine immobilier qu’il n’exploite pas ou ne valorise pas correctement. Pour mémoire, l’état dispose de 77 milliards d’euros de participations financières, et 67 milliards de biens immobiliers. Il faudrait en céder pour environ 20 milliards, pour financer la recherche dans les secteurs d’avenir, et créer un fonds d’investissement qui participera à la création d’entreprises dans ces secteurs d’avenir.

Par ailleurs, il faut redéployer les sommes annoncées dans les 100 milliards du plan de relance. Le volet compétitivité doit dépasser les 54 milliards, pris sur les deux autres volets, pour baisser davantage les impôts de production et abonder les aides aux relocalisations. Il faut en outre cibler la baisse des charges sur les secteurs les plus susceptibles d’investir, d’embaucher, de lutter contre la concurrence internationale : industrie et agriculture en particulier. Car les exemples du CICE montrent que des baisses générales sont des effets d’aubaine pour la banque, la grande distribution entre autres : pour que des actions de ce type soient efficaces, il faut concentrer les faveurs sur le productif, l’essentiel, ce qui sera vital pour demain : la réindustrialisation de la France.

 

Olivier PIACENTINI

Volontaire d’honneur

Membre du Gouvernement de Relève Nationale

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