Tribune libre de Roger FER

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L’invention des taux négatifs, rémunérateurs de l’épargne – en clair, le coût de l’argent, fut une première dans l’Histoire mondiale, une chose surprenante en effet : vous empruntez cent, et vous ne rendez que quatre-vingt-dix-huit, ce qui est une façon assez facile pour s’enrichir… Et dire qu’il y a encore des pauvres, c’est totalement incompréhensible… Et le plus drôle, c’est que la chose n’a pas eu l’heur de faire bondir grand monde, on s’accommode, voilà tout…

Les conséquences sont – et seront – assez catastrophiques, du coup, l’argent pleut comme giboulées en mars et tous les gaspilleurs patentés (souvent élus…) s’en donnent à cœur joie !

Cette découverte de « territoires négatifs » ne pouvait pas se limiter à la monnaie, c’eut été trop incomplet. Après l’argent à taux zéro, est apparu la liberté de mouvement à taux zéro, judicieusement présentée par la merveilleuse formule déposée et apposée sur certains balcons et dans tous les courriers : « Restez chez vous ». Dans la mesure où l’on n’est pas encore incarcéré, on reste au niveau zéro, en prison, vous êtes en négatif…

La liberté, déjà bien descendue dans l’échelle des valeurs, ne doit pas s’arrêter en si bon chemin bien pentu, ainsi, nos brillants stratèges mettent en place une loi contre la haine, et autres propos déplaisants, de manière à limiter les expressions qui pourraient déranger. Comme ce sont des gens très intelligents, ils n’ont pas jugé utile de définir ce qu’est la haine, et à partir de quels mots et quels contextes elle se manifeste, l’interprétation étant laissée à la discrétion de personnes dont on n’est pas certain de la probité intellectuelle, surtout si elles appartiennent à la caste qui a voté ce texte stupide. Au fond, on ne prend pas grand risque à estimer que sera considéré comme « haine » tout propos qui pourrait leur déplaire.

Il faut dire que le contexte est tout à fait favorable, une fois de plus il est clairement démontré que cette épidémie arrive vraiment d’une manière providentielle ! On commence aussi sérieusement à penser au flicage électronique organisé, là encore, le prétexte est tout trouvé. Déjà que les heureux possesseurs d’un « portable » sont rigoureusement et soigneusement suivis à la trace, on pourrait améliorer en enregistrant qui ils rencontrent… Bien sûr, on n’est pas obligé d’avoir un portable, et si on en possède un, on peut le réserver uniquement en cas de besoin réel et le laisser éteint si il n’y a pas de nécessité. Hélas, cette addiction est devenue commune, le commun des mortels a tellement peur d’être oublié qu’il se veut complètement joignable et localisable à tout moment du jour et parfois … de la nuit… Il est vrai que c’est important, chacun pouvant recevoir un message des impôts lui notifiant une annulation pure et simple desdits pour l’année, mieux vaut donc être prévenu rapidement pour s’offrir une gâterie avant qu’ils ne changent d’avis !

Ah, les impôts… Un petit détail qui n’aura pas échappé à ceux qui déclarent « en ligne » (ce qui simplifie énormément les contrôles – et donc, les renforce) : vous disposez d’une petite case à cocher et qui demande à « mes seigneurs – saigneurs » de bien vouloir prendre en considération le fait que le déclarant n’est pas tout à fait sûr et certain que les chiffres qu’ils portent sont bien les bons dans les bonnes cases, et vu la complexité des formulaires, il est à peu près certain que le « sans-dent » ordinaire va allègrement se fourvoyer. Vous avez donc la possibilité de demander une indulgence préventive, ce qui laisse penser que si vous ne la demandez pas, elle ne risque pas de vous être attribuée. Mais le plus drôle réside dans le petit texte qui apparaît à la suite du cochage, et qui stipule que, dans ce cas, l’administration se devra de vérifier complètement votre déclaration ! Etonnant : vous avez un droit à l’erreur, chose largement claironnée dans la propagande étatique, mais sous conditions de demande et d’un contrôle plus rigoureux. Au fond, le déclarant a la possibilité de pouvoir réclamer l’indulgence du bourreau, avec l’épée de Damoclès sous forme de contrôle approfondi : assurément, une liberté supplémentaire, mais qui n’en est pas vraiment une.

Pour revenir aux bienfaits de cette crise, on peut aussi noter des détails intéressants, comme par exemple le fait que de nombreux commerçants exigent les paiements uniquement par carte bancaire. Une occasion rêvée pour donner l’habitude aux gens d’abandonner la monnaie réelle, billets et pièces. L’état doit pouvoir tout contrôler (sauf certaines personnes et certains territoires), ainsi, une loi – décret – règlement impose aux banques de déclarer, à l’état, tout possesseur de coffre dans leur établissement. Il est vrai que vu la solidité des banques, mieux vaut ne pas avoir trop de choses chez eux, mais là encore, on descend encore d’un cran dans notre liberté et notre vie privée.

Décidément, vive la liberté négative et merci la crise qui permet d’en abaisser les taux !

 

Roger FER

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