Tribune libre de Roger FER

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           L’économie est une science inexacte. Il n’est donc pas étonnant que nombre de spécialistes donnent des approches fort différentes à partir d’un même phénomène ou de mêmes événements. Il y a cependant des règles de logiques élémentaires et tout un chacun sait très bien que, ayant un revenu de cent, si il dépense cent cinq, ça peut passer une fois ou deux, mais si c’est trop répété, il va y avoir des soucis. Maintenant, certaines personnes – certains organismes – ne peuvent naturellement pas se résoudre à adopter une politique sérieuse, et continuent à dépenser cent cinq. Il faudra donc, soit avoir recours à l’emprunt, et dans ce cas, s’engager dans une rigueur de dépense limitée à quatre-vingt-quinze, et ce durant tout le temps nécessaire pour rendre au prêteur les cinq empruntés. Il n’y a donc aucune révélation dans ce propos que tout le monde connaît.

 

Mais il existe aussi une autre solution qui consiste à voler les cinq manquants, de manière à assurer le surcoût de dépense non maîtrisé. Cette formule n’est guère honnête, pas plus qu’élégante, aussi, le législateur, dans sa grande sagesse, a prévu des sanctions pour remettre dans le droit chemin le dépensier insouciant. Et le législateur, dans une sagesse plus grande encore, a mis en place tout un système de contrainte de manière à faire rendre gorge au malfrat. Il est certain que vivre dans un tel pays avec des lois aussi judicieuses ne peut que ravir les habitants, mais ce serait vite oublier que le législateur, dans une sagesse un peu moins sage, a aussi mis en place un nombre assez conséquent de personnes qui disposent du droit de dépenser cent cinq quand elles n’ont que cent de revenu, et le pire, c’est que ces personnes ne sont plus astreintes au règlement sus mentionné.

 

En effet, puisqu’elles disposent de la force légale pour mettre les autres au pas, elles n’ont aucune obligation de demander à ladite force d’agir à leur endroit lorsqu’elles commettent des excès. Et cela posé, puisqu’elles ont l’impunité, rien n’empêche de dépenser cent dix, pourquoi pas cent vingt, puisqu’il n’y a aucun risque ? Et le plus drôle, si l’on peut dire, c’est que cette caste est toute disposée à faire payer les surcoûts de sa folie par ceux qu’elle traite durement si, eux, dépassent leurs possibilités.

 

Malheureusement, cette conduite insensée n’est pas le fait d’un seul pays, mais de pratiquement tous, aussi, nous arrivons à une situation intenable où le poids de la dette est sans commune mesure avec le revenu possible (création de richesse). Et c’est ainsi qu’on en arrive au vol, pur et simple.

 

La monnaie est censée avoir deux fonctions essentielles : faciliter les échanges, et conserver la valeur, par exemple, mettre en réserve un bénéfice suite à une création de richesse, pour l’utiliser ultérieurement. Cela implique donc que la monnaie garde sa valeur, or, avec une politique de dépenses effrénées telle que nous la connaissons, la valeur de la monnaie diminue au fil du temps puisque la monnaie devient progressivement de la dette. Il y a donc bien vol caractérisé, et le fait de décider de diminuer la valeur du taux (prix) de la monnaie renforce le processus, à tel point que les monnaies actuelles n’ont plus aucune valeur, le système fonctionne encore tant que les gens font semblant de croire en une valeur définie. Mais c’est un peu comme quand on vous file un faux billet, vous n’avez guère d’autre choix que de le refiler à quelqu’un (personne n’aime se faire voler), car le faux n’est pas remboursé par les autorités, au prétexte que ce serait justifier la fabrication de l’argent illicite. C’est probablement une mauvaise stratégie car ainsi non dénoncées, les fausses coupures continuent de cheminer en provocant vol et mauvaise conscience, alors que dans le cas contraire, les faux seraient vite éliminés du circuit, quitte à rembourser à une valeur inférieure la pièce incriminée, et en plus, comme se serait très rapide, on pourrait remonter plus facilement aux origines de la fraude.

 

Bien mais comme dit ci-dessus, les castes gouvernantes n’ont, elles, aucun scrupule à faire des dépenses superflues, à commettre vols et autres escroqueries, qu’elles font payer aux autres ; en définitive, ces gens n’ont manifestement pas de cas de conscience, contrairement au quidam qui essaie de refiler son faux-billet.

Mais pourquoi toute cette montagne de dettes ? Il y a plusieurs raisons, la plus évidente est ce qu’on a appelé la « mondialisation ». Sous une apparence positive, cette politique, mondialement suivie, est une catastrophe. Au fond, on a exporté ailleurs ce que l’on savait faire ici, on a exporté notre savoir faire, et aussi notre pollution, notre travail. Du coup, le travail diminuant, il a fallu donner l’illusion aux gens qu’ils pouvaient continuer à vivre comme du temps où ils travaillaient, et la chose s’est encore plus compliquée du fait de l’arrivée du choc informatique qui a, lui aussi, considérablement réduit les postes de travail, et toute cette révolution se passe très mal…

 

            Le drame pour nos pays occidentaux, c’est le fait que nombre d’activités ont disparu, et avec elles, le savoir-faire, ce qui veut dire que, le jour où il faudra revenir aux limites territoriales, des grands manquements apparaîtront, faute d’acteurs compétents.

 

Il ne faut pas se leurrer, la démondialisation est commencée, et contrairement à toute attente, c’est parti de l’autre côté de l’Atlantique. Mais cela aurait pu partir d’ailleurs, la mondialisation étant arrivée à son paroxysme, et tous ces besoins consuméristes élevés au rang de nécessité ne font qu’ajouter du mal au mal : créer le besoin d’acquérir des choses inutiles ou pas vraiment nécessaires pour enrichir des intermédiaires douteux, voilà une politique qui ne peut durer éternellement. Cela a aussi  développé le gaspillage, une gigantesque gabegie, où l’on jette sans discernement des choses, simplement parce que les normes (plus ou moins idiotes) sont changées, ou encore, parce que l’on ne peut plus dépanner, bien souvent, un dépannage coûte plus cher qu’un produit neuf ! Il faut aussi noter la perversion de la publicité, qui en plus, est une pollution pas possible : entre tous les panneaux qui nous agressent et le téléphone qui nous harcèle, mettons la télé à la déchetterie, ça limitera un peu… La publicité pollue l’environnement, pire encore, elle pollue les esprits, elle met dans des cerveaux inconscients des messages d’envie, de désirs, qui n’ont rien à y faire, et crée par là un grand malaise, bien souvent ignoré – mais pourtant bien réel, et la frustration qui en découle laisse les gens dans un état de stress qui leur ronge la vie les perturbe à longueur de journée, quand ce n’est pas dans leur sommeil.

 

Quand on y réfléchit, tous ces manques d’humanité, ces manœuvres perverses pour faire dépenser de l’argent que bien souvent n’a pas le commun des mortels, on en arrive à une situation de désespérance insupportable. Si l’on ajoute les folies dépensières des états, lesquels tentent de contenir les sociétés en versant de copieuses (?) allocations (payées, sous forme de taxes, par ceux qui ont un travail – pas un emploi), il est aisé de comprendre que nombre de peuples sont en état de mal-être et probablement prêts aux comportements extrémistes.

 

La démondialisation a commencé, elle sera extrêmement douloureuse. Et longue…

La grogne actuelle qui monte et s’exprime dans notre pays n’est rien d’autre que ce sentiment de frustration, de révolte contre nos conditions de vie qui s’en vont en lambeaux, au fond, n’importe quel prétexte peut amener un soulèvement, la réforme des retraites n’en est qu’un parmi d’autres. Bien sûr que les systèmes de retraites devraient être réformés, mais comment ? Pas de bonne solution. Le système dit par répartition n’est qu’une pyramide de Ponzi, ça peut fonctionner un certain temps, nécessaire à certains moments (après-guerre), mais dès que les chiffres basculent, c’est la débandade… Le système par capitalisation semble un peu plus rationnel, mais à partir du moment où la caste dirigeante manipule les taux (prix de l’argent), le système tombe en faillite. Après, faire une seule caisse de retraite n’est certainement pas le bon choix (où est la diversité si chérie par ailleurs), mais le pire, c’est qu’elle risque d’être gérée par l’état, et comme chacun sait, l’état est absolument incapable de gérer convenablement et honnêtement quoi que ce soit. Il n’est donc pas du tout prudent de confier nos économies et notre futur à ces gens si peu compétents … et peut-être pas habités d’une probité irréprochable…

 

Il semble que, inconsciemment, les peuples sentent bien que cette transition est commencée, que ce sera difficile, et ils en ont horriblement peur. Cela se comprend, et chacun de se dire que si on avait un peu mieux conduit les nations, nous aurions pu passer à un autre stage d’une façon moins brutale et certainement moins douloureuse.

 

Mais voilà, on ne refait pas l’Histoire : la vie va devenir beaucoup plus difficile pour le plus grand nombre, il va y avoir des ruinés et probablement des morts, mais nul ne sait comment ça se passera…

 

Alea jacta est….

 

Roger FER

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