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Le rideau est retombé, les lumières s’éteignent, les sonos se taisent… La fête est finie, le grand cirque remballe et pense déjà au prochain spectacle qui devra encore être meilleur que le dernier, et combler d’aise les acteurs officiels. A défaut de combler les spectateurs…

Pour le présent immédiat, les vedettes un peu secouées vont essayer de soigner au mieux leur gueule de bois, panser leurs ecchymoses, poser un peu de crème sur les bleus, les clowns ne vont même pas se démaquiller, car leur fonction leur demande de rester grimés tout au long de leur carrière professionnelle. Les figurants vont passer à la caisse toucher un misérable cachet et les machinistes vont refermer soigneusement les valises techniques pour la prochaine représentation. Cela dit, ce fut quand même du grand art… Sa Majesté en a été honorée d’une petite claque et c’est bien triste de constater qu’il n’a pas eu ce « retour sur investissement » qu’il espérait. Pourtant il avait bien préparé son affaire depuis des mois, parcourant le pays pour proposer les « grands dégâts », censés ramener le calme dans le royaume des ronds-points qui ne tournaient plus vraiment rond.

Certes, sa porte-parole a présenté une conclusion absolument admirable du point de vue humoristique, et l’oiseau de bonheur a été parfaitement convaincante quant à notre futur proche qui va devenir enchanteur avec les méthodes d’avant qui vont continuer à être appliquées, probablement en les colorant avec un vert pastèque assez léger, mais relativement bien appuyé d’un zeste taxatoire… Certes, le sous-chef adjoint du roi a quand même reconnu qu’il était peut-être téméraire de prétendre avoir gagné quand on n’est que second, mais, même une médaille d’argent, ça ne se refuse pas… Et comme par ailleurs, il va probablement devoir prochainement rendre les clés de son habitat provisoire, on peut comprendre qu’il n’ait point voulu trop s’éterniser. Il n’empêche que la tête de liste a quand même surpassé, et de loin, les meilleurs humoristes que les médias utilisent pour ravager les temps de cerveaux disponibles, et il est assuré qu’on lui trouvera une bonne sinécure pour la récompenser de ses hauts faits, après son mandat européen.

Un autre moment fort et particulièrement amusant fut la prestation de tribun, le soumis de service. L’auto-proclamé représentant incontournable et intouchable, qui s’appela en son temps « république », fut assez brillant lui aussi dans l’humour. Tel un débutant sur les planches, on sentait le trac lui nouant l’estomac, au point qu’il avait un peu de mal à lire son papier, malgré la banderole derrière qui partait en vrille, histoire de faire diversion. Compte-tenu de la profondeur de son discours, on peut envisager sereinement un retrait salutaire à la campagne, une verdure décorée d’éoliennes, ce qui lui laissera toute quiétude pour rédiger ses mémoires, et comme il pourrait manquer d’arguments, il pourra certainement trouver un petit jeune chômeur diplômé bac plus dix en communication-baratin, ce qui permettra une rédaction bien touffue façon forêt vierge, lénifiante et insipide, et qui aboutira à la présentation d’un livre que ses fans achèteront par courtoisie, mais que personne ne lira. Après tout, quant on a la notoriété, l’importance et la célébrité, le talent n’est même plus nécessaire…

Un autre moment fort croustillant fut la prestation du chef officiel du parti dit de droite, celui qui fit toujours une politique de gauche. Certes, il avait propulsé un brillant jeunot diplômé pour mener le combat, mais cela n’a pas suffit, peut-être que les potentiels clients n’ont guère apprécié une politique archaïque qui consiste à dire des choses et à faire le contraire, de dénoncer certaines idées, mais de les soutenir dans les cercles dits « représentatifs », et il est possible que ces traîtrises à répétitions n’aient pas eu l’heur de plaire à sa clientèle habituelle… Ah, les ingrats… Bah, qu’à cela ne tienne, rien n’est perdu, et le maître a bien expliqué, même en insistant très lourdement, qu’ils avaient trois ans devant eux pour rassembler les brebis égarées ! Après tout, l’espoir fait vivre comme on dit.

Les propos des gagnants furent sans surprise, et croire qu’ils vont changer quelque chose pourrait surprendre. Ils ne seront guère mieux représentés, et devront faire des alliances, pour tenter de paraître, et même dans ce cas, peu de changements en résulteront, tout le monde sait que l’assemblée où ils vont siéger n’a que peu de pouvoirs, pour ne pas dire aucun. On s’arrangera pour proposer des choses sans importance, et si par malheur le scrutin n’était pas le bon, on s’en passera  allègrement et sans état d’âme.

Ils prétendent réformer l’édifice de l’intérieur, ce qui est absurde compte-tenu de la structure du système, c’est un peu comme vouloir changer les pieds de la Tour Eiffel, en laissant en place les étages au-dessus. Mais le rêve a aussi ses vertus, et quand il apporte l’apaisement, on ne peut pas le négliger… Seul le réveil est parfois un peu difficile…

Pour revenir sur la mise en scène de cet ébouriffant spectacle aussi navrant que piteux, on notera le joyeux foutoir que fut cette consultation. Déjà, un nombre de listes, jamais égalé, à tel point que les municipalités durent prévoir des panneaux supplémentaires, lesquels ne furent jamais remplis, les listes fantaisistes n’ayant pas assez de fortune personnelle pour faire imprimer la matière première. Pour une fois, les employés municipaux ont été employés … pour des choses qui ne servirent à rien… Mais, est-ce vraiment une première ? On conçoit que cette surenchère électorale fut clairement et largement encouragée pour permettre une division propre à nuire à l’opposant, mais cela fut quand même insuffisant. Il ne faut pas oublier pour autant que, si ces listes n’auront aucun représentant, leur pourcentage ira indirectement vers les listes ayant des élus, et si on compte une quinzaine de liste faisant à peine un pour cent, cela fera une dizaine de pour cent qui iront enfler les listes majoritaires, il est probable que le pouvoir avait aussi compté là-dessus, le score espéré étant très incertain. On ne pourra que trouver impensable le fait que certains électeurs devaient purement et simplement aller sur internet et télécharger puis imprimer leur bulletin, s’ils voulaient à tout prix suivre l’un de ces marginaux. En matière de démocratie, on a vu mieux. Et pire encore, quand le porte-parole de l’un d’eux dénonce des bulletins téléchargés mais refusés car pas imprimés sur le bon papier, on se dit que le royaume des fous n’est plus si lointain.

Les politiques de tous bords nous assènent à longueur de discours que la démocratie est essentielle et incontournable, qu’elle est cette valeur sûre et qu’ils prétendent nous l’offrir, mais quand on voit la mascarade et les entourloupes de cette dernière campagne, on imagine facilement que la révolte populaire risque de reprendre d’une manière ou d’une autre, jaune ou verte ou rouge, mais certainement pas pacifique ni apaisée… Les acteurs sont devenus tellement mauvais, leurs artifices tellement grossiers, leurs comportements  tellement méprisants que, nul doute, il faut les reléguer au plus vite dans de domaine de l’oubli définitif.

Attendre encore deux ans est un délai absolument impossible à encore les supporter… Que cela soit dit : il n’y aura jamais de changement par les urnes, il faut en prendre acte… Il semblerait que les français ne l’aient pas encore bien compris.                                                                                                 

Roger FER

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