Préscience policière et plus encore !

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Lorsqu’il est fait appel par la science politique aux nouvelles d’anticipation pour expliquer les phénomènes d’essence totalitaire, outre le toujours d’actualité « 1984 » de Georges Orwell, une autre dystopie (disons une utopie qui vire au cauchemar) vient au secours du raisonnement, le fameux essai de Philip K Dick, « Minority report ». Dans cette nouvelle, le pouvoir a réussi, grâce à l’exploitation d’individus mutants doués de précognition, à prévenir les crimes du fait de ce don de préscience. Aussi une personne pourra-t-elle être arrêtée et mise hors d’état de nuire avant même que le crime ait été commis, avant même qu’elle ait eu seulement l’idée de le commettre. L’ensemble du développement actuel du droit de la prévention ressort peu ou prou de l’intuition géniale de ce roman d’anticipation.

Voyons comment cette dérive totalitaire prend aujourd’hui une ampleur insoupçonnée dans le cas très médiatique des derniers « coups de filet dans les milieux de l’ultra-droite française ». Au regard de l’ampleur médiatique pris par cette affaire, nous étions en droit de nous attendre à un coup de filet d’une ampleur considérable digne de la pêche miraculeuse ou les gros poissons pris dans les mailles du filet seraient à foison. Las ! La presse nous révéla que nous avions à faire à de parfaits inconnus aux casiers judiciaires vierges. Quant au concept d’ultra-droite, son évolution récente est intéressante à plus d’un titre. Si l’histoire des idées politiques a retenu nos ultras royalistes, adeptes du retour de la monarchie absolue durant la Restauration, la catégorie politique « ultra-droite » a connu une nette évolution ces dernières années. Les politologues ont usé de ce concept à l’origine pour décrire un espace intermédiaire entre droite et extrême-droite. Les médias bien-pensants dénonçaient alors cette frange et fange politique qui cherchait à établir un pont entre la droite de gouvernement et le parti d’opposition Front National. Entreprise de dédiabolisation aidant au FN, l’ultra-droite a fini aujourd’hui par incarner la droite de l’extrême-droite française selon l’esprit des Dupont de Hergé, « l’ultra-droite, c’est l’extrême-droite, je dirais même plus ». Et bien sûr pas au sens du « nec plus ultra » mais du « pire du pire », ainsi un nouveau cercle dantesque est apparu dans le lexique du média de délation organisée.

Penchons-nous maintenant sur le cas des prévenus ! Ceux-ci d’après la formule autorisée, « source proche de l’enquête » (Sic !), seraient atteints de « velléité de passage à l’acte ». Nous ne nous attarderons pas sur la notion controversée en psychopathologie de passage à l’acte (l’acting out est une notion qui ne signifie pas la même chose d’un coté et de l’autre de l’Atlantique, il n’existe pas même de consensus entre les écoles freudiennes et lacaniennes sur le sujet) si ce n’est pour relever qu’il ne s’agit pas ici d’une notion judiciaire et pénale telle qu’il peut en exister dans un Etat de droit mais d’un concept psychiatrique (voir ex-URSS). Le terme « velléité » ne peut en revanche qu’attirer notre attention. Sa définition la plus courante est la suivante : « Intention qui n’aboutit pas à une décision ». Aussi place-t-on aujourd’hui en garde à vue, puis en détention provisoire avant de terminer probablement devant les Assises des membres velléitaires de l’ultra-droite probablement islamophobes. Des personnes dont on sait pourtant qu’elles ne passeront pas à l’acte (velléitaires). Des personnes d’un âge relativement avancé (tous les spécialistes des activités terroristes dont Xavier Raufer savent qu’un terroriste comme un footballeur cesse souvent sa carrière passé 30 ans), qui établissent des « plans » sans dates ni lieux. Des personnes ayant contracté une phobie, c’est à dire une peur, ce qui explique d’ailleurs le caractère supposé velléitaire de leurs personnalités. On savait la « cage aux folles » particulièrement prospère ces temps-ci à l’Elysée depuis la fête de la musique du 21 juin, on n’imaginait pas la nouvelle « cage aux phobes » aussi rigoureuse passant d’une chambre à Paris (17ème chambre correctionnelle) à la cours d’assises. Voilà qui sied bien à nos nouveaux lépreux !

Lorsqu’une épidémie telle que la lèpre vient à gagner une société, le diagnostic et l’instrument de mesure sont essentiels. Ils se nomment en l’occurrence aujourd’hui « écoute téléphonique »…Procédé qui se justifie amplement dès qu’une enquête judiciaire est ouverte, certes !

Il resterait à savoir sur quelle base nos fins limiers et la justice qui les suit ont établi la nécessité de s’intéresser à quelques éléments groupusculaires éparses et par ailleurs parfaits inconnus comme nous le disions précédemment ? Et qu’il y a des écoutes téléphoniques légales mais d’autres parfaitement illégales. En particulier dans le contexte général actuel où l’affaire Benalla nous laisse subodorer une république inaltérable mais redoublant de coups tordus. La journaliste Ariane Chemin du Monde à l’origine des révélations note en tous les cas que dans la gestion opaque du chef de l’Etat, des individus (chargés de mission) s’occupent à l’Elysée de sécurité et…de terrorisme. https://www.franceculture.fr/politique/ariane-chemin-tout-d-un-coup-nous-nous-rendons-compte-qu-emmanuel-macron-dirige-la-france-de-maniere-assez-opaque

On a du mal à croire qu’il s’agisse du terrorisme islamiste dont la menace protéiforme et exponentielle nécessite des services d’Etat d’une tout autre dimension. Alors ne s’agirait-il pas pour partie de ce terrorisme fantasmé de certains milieux patriotes qui pour le coup ne nécessite pas la mobilisation de contingents importants. On est en droit d’espérer que le dénommé Makao, ancien rugbyman recruté par Benalla, et par ailleurs ami proche de Jawad Bendaoud, l’inénarrable logeur des égorgeurs du 13 novembre, n’avait pas ce type d’attributions au cabinet du président.

On aimerait dans ce cas d’espèce que n’extrapoler…

Alexandre

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