Politique et Morale…

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Une fonctionnaire de Bruxelles, en charge des dossiers agricoles, a choisi, un jour, de démissionner, jugeant honteux d’avoir à apprendre aux paysans européens leur métier alors qu’elle n’avait jamais vu une vache de sa vie. Vraisemblablement oubliée depuis, elle n’en est pas moins devenue une grande dame aux yeux d’elle-même.

Les postes de responsabilité, en politique, ont ceci de bizarre qu’ils ne semblent liés en aucune façon – ou alors de très loin – à une connaissance pointue des sujets dont leurs occupants ont à traiter. Le contraire serait exigé pour l’exercice de n’importe quel métier, pas pour celui de haut fonctionnaire, de chef de cabinet ou de ministre. Dans cette sphère professionnelle un peu particulière, ce n’est plus le savoir qui donne accès à la fonction, mais la fonction qui procure le savoir par une sorte de magie qui s’exerce dès le premier jour et qu’on ne voit opérer nulle part ailleurs. Seule exception : le ministère de la Jeunesse et des Sports sur lequel les autres pourraient prendre exemple. Sans être considéré comme le plus prestigieux, il est pourtant le seul à avoir été dirigé – et à l’être encore – par des hommes et des femmes qui ont brillé dans le domaine dont relève l’Administration qu’ils dirigent : Maurice Herzog, Alain Calmat, Roger Bambuck, Guy Drut, Bernard Laporte, David Douillet, Laura Flessel, tous médaillés dans leurs disciplines respectives. Si, pour avoir la charge des Sports, il est indispensable d’avoir été un sportif, pourquoi ne serait-il pas tout aussi indispensable d’avoir été un super flic pour se voir confier l’Intérieur, un héros de la guerre pour se voir confier le ministère des Armées, un entrepreneur ingénieux pour obtenir celui de l’économie, ou un artiste sorti de l’anonymat à force de travail pour s’occuper de la Culture ?

Ce ne serait pas forcément une idée saugrenue si l’on se réfère à deux récents classements mondiaux, établis presque le même jour, plaçant la France 1ère au Football et 7ème en Économie

Les chemins qui conduisent aux carrières politiques, où trop souvent le vice tient lieu de vertu, sont les seuls auxquels ne s’applique aucune règle de bon sens. Pire encore, enivrés, dès les premières secondes, par la richesse et le lustre d’un bureau dont ils ignoraient encore l’activité la minute d’avant, leurs occupants se mettent à jouer les importants, bien plus vite que n’oserait peut-être le faire un simple employé devenu chef de service par son seul mérite. Et c’est précisément à ce moment-là, quand ils abandonnent leur langage familier pour un langage soutenu, lorsqu’ils changent le timbre de leur voix, modifient la pose, se font ouvrir la portière de la voiture et le parapluie s’il pleut, c’est précisément à ce moment-là  qu’ils se mettent à commettre des erreurs.

Sachant que leur séjour au ministère peut être bref, désireux à tout prix d’y laisser une trace par une loi, un décret, ou même une simple mesure dont il suffit d’exagérer l’intérêt pour  qu’elle porte leur nom, souhaitant qu’on ne les oublie jamais, ils prendront des décisions sans en mesurer la portée. Pour prouver qu’ils ont raison, ils invoqueront la supériorité de leur fonction. Pour s’excuser, par la suite, d’avoir eu tort, ils rappelleront qu’ils ont leurs faiblesses comme tout le monde. A l’image de ce personnage, interprété par Bernard Blier dans un film d’Henri Verneuil, qui rend visite à un ancien Président du Conseil joué par Jean Gabin, afin d’obtenir son soutien pour devenir chef du nouveau gouvernement. Essuyant un refus, Blier insiste en donnant comme seul argument celui-ci « après tout, je ne suis  pas plus mal qu’un autre ». Ce qui lui vaut cette réponse de Gabin : « quand on n’est pas plus mal qu’un autre, on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation ! ».

Ce passage du film, qui date pourtant de plus de cinquante ans, n’a pas pris une ride et on peut même imaginer que tous ces petits magasins sympathiques, que l’on appelait autrefois les bazars, pourraient renaître dans nos centres villes si certains hommes et femmes politiques avaient l’idée d’en ouvrir, au lieu de briguer des ministères où ils nous vendent des choses pas toujours de bonne qualité. Et chères, par-dessus le marché !

Le petit commerce y gagnerait sûrement … et la politique aussi.

 

 Luc KEROG – VPF 56

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