Notre Dame, la réaction de Frère THIERRY – VPF d’honneur

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Lundi saint, en quelques heures, Notre-Dame de Paris est partie en fumée, alors qu’il a fallu près de 107 ans pour l’édifier.

À la lueur vorace des flammes, s’éclaire une longue histoire, celle de la Cité et de la France.

Le plan de cette cathédrale (122 m de long, 35 m de haut) a été conçu par un architecte anonyme en 1160. Les chroniques du temps évoquent un « Richard le maçon », mais on ne sait rien de plus.

Par contre, l’évêque qui lança le projet nous est connu, Maurice de Sully (fils d’un paysan). L’évêque et le roi Philippe Auguste, de concert, œuvrent à renforcer le lustre de la capitale. La première pierre est posée par la pape Alexandre III en avril 1163, le chœur est achevé en 1177, le maître autel est consacré le 19 mai 1182 par le légat.

Le gros œuvre est achevé en 1245 sous le règne de saint Louis (qui y a accueilli la sainte Couronne). Dès lors, le vaisseau de pierre fait l’admiration de l’Europe. Ce chef d’œuvre gothique est parachevé par l’architecte Pierre de Montreuil (rosaces et statues).

Notre-Dame est la paroisse royale où se déroulent les grandes célébrations (même si Saint-Denis est la nécropole et Reims le lieu du sacre), le centre de la Cité, le symbole de l’unité nationale après la guerre de Cent ans (en 1449, les victoires de Jehanne y sont célébrées). En 1572, Henri de Navarre y épousa la sœur du roi, Marguerite de Valois.

Lors de la Révolution, la cathédrale subira sacrilèges et vandalisme… Certains veulent en faire une carrière de pierres ! Robespierre s’y oppose… elle est rebaptisée « Notre-Dame de la raison ».

Puis, Napoléon s’y fait sacrer empereur le 2 décembre 1804, Hugo la fait entrer dans la légende.

Viollet-le-Duc lui rend tout son éclat entre 1845 et 1864, c’est là que le général de Gaulle entonnera le « Magnificat » à la Libération, le 26 août 1944.

Notre-Dame en ruine ! En ce premier jour de la Semaine sainte !

L’émotion provoquée par la brutalité de l’incendie et le caractère apocalyptique de ces flammes qui ont réduit en cendres la charpente – la forêt, détruit la flèche, symbole de la transcendance ! Quel symbole aussi : l’autel moderne enseveli par les gravats alors que le maître autel ancien a été épargné !

En contemplant cette carcasse fumante, que de réflexions ! En ce 21ème siècle, où l’homme est si fier de la technique, qu’est-il, en réalité, face aux éléments déchaînés ? Bien peu de chose…

Combat terrible entre les quatre éléments cosmiques : le feu attisé par le vent, opposé à la pierre des voûtes et à l’eau que l’homme puisait dans le fleuve.

Devant un tel spectacle, les Anciens y auraient vu la colère des Dieux…

Quel contraste entre Notre-Dame en flammes et le calme de la ville !

D’épaisses volutes de fumées s’élevant du cœur rougeoyant de la Cité, alors que descendait doucement sur la ville l’astre du jour. La ville était comme indifférente alors que son cœur spirituel agonisait !

Ce drame met en lumière la réalité spirituelle de notre société qui se veut adulte, autonome… une société pleine d’attraits alors que son âme l’a peu à peu désertée.

La vie s’est peu à peu, lentement, retirée des édifices religieux et ce, depuis au moins cinquante ans.

Nos églises ne sont plus, bien souvent, que des témoins d’une civilisation à moitié disparue.

La vie a quitté ces lieux sacrés dont on ne sait plus quoi faire : salles de concert, de spectacle…

Périodiquement, les médias se déchaînent contre cette agonisante qui n’en finit pas de mourir et qui par sa seule présence gène les tenants de la postmodernité.

Et voilà que Notre-Dame, la plus emblématique des églises de France et d’Europe partait en fumée… et ce fut une émotion générale à travers le monde.

Comment ne pas penser à la sidération de nos anciens lors du sac de Rome par les barbares ou de la prise de la deuxième Rome par les Turcs !

Émotions venant des milieux les plus divers, même éloignés de l’Église… pourquoi cette sidération dans notre pays où ne reste qu’un dixième de catholiques pratiquants ? Pourquoi cet attachement à des églises que l’on ne fréquente plus sinon pour des visites touristiques ou des concerts ?

L’émotion de l’homme de la rue et peut-être même celle de ceux qui se prétendent l’élite montre que l’Église ne saurait être confinée dans la sphère privée, mais qu’elle a toute sa place dans la vie publique, au cœur de la Cité (sentiment enraciné dans notre histoire, indissociable du christianisme), on ne peut pas faire table rase du passé.

Une émotion unanime, une mystérieuse communion paraissait unir ce peuple de France, si divisé, une unité que le message du premier magistrat prévu le jour même, n’aurait sans doute pas réussi à renouer. Notre-Dame l’accomplissait !

Ce drame en ce premier jour de la Semaine sainte est un signe de la Providence. Elle nous invite, malgré la tristesse à l’espérance théologale. La veille de cet incendie, l’Église célébrait l’entrée triomphale du Christ dans sa ville, avant de connaître la mort, de ressusciter et d’entrer dans la gloire pour nous introduire dans la Jérusalem céleste, dont nos églises sont la figure.

Notre-Dame ravagée par les flammes mais pas détruite renaîtra comme le phénix.

Oui, Notre-Dame renaîtra, reprendra sa garde aux bords de la Seine. Mais cette espérance implique que c’est tout un peuple qui doit en faire sa demeure et non plus vivre indifférent à l’ombre tutélaire de ses tours.

Si depuis 50 ans nos églises sont vides, c’est aussi et d’abord la faute des pasteurs (un clergé saint fait des gens honnêtes, un clergé honnête fait des gens médiocres, un clergé médiocre fait des païens).

Comment ne pas penser à ces paroles du Christ en St Luc19/40 : « je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » ?

Les pierres de nos églises crient, elles nous appellent à la conversion : nous savons que nos contemporains leur sont attachés. A nous de leur en révéler le sens profond.

Que la terrible vision de la cathédrale ravagée attire aussi notre regard sur l’état non moins terrible de la France. La Providence a sans doute permis cette tragédie comme un ultime avertissement.

Frère THIERRY – Volontaire d’honneur

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