L’indépendance du Québec : où en sommes-nous ?

Le partage est disponible

Tel le monstre du Loch Ness, l’indépendance du Québec se fait attendre. Tout le monde en parle mais personne ne l’a vue. Au mieux elle a le droit à un entrefilet dans les journaux, sans plus. Bien sûr on la « raconte » de temps en temps, dans les salons ou les cafétérias mais à visage couvert et sans grande effusion. Il ne faut pas chagriner les autorités, ni les politiques. Pourtant, ce cri de « Québec libre » refait surface, tous les vingt ans, pour replonger aussitôt dans l’un des 500 000 lacs que compte la belle Province. Restera-t-elle à l’état de légende ?

Un peu d’histoire pour mieux comprendre

Le Parti Québécois, aujourd’hui dans l’opposition, est né en octobre 1968, il y a plus de 50 ans. Sa mission : porter et réaliser le projet d’indépendance du Québec. Mais, en 1976, le Parti Québécois a ouvert ses portes à de nouveaux membres qui ne souhaitaient pas forcément l’Indépendance. Le Parti Québécois perdit, ainsi, petit à petit, de sa crédibilité comme porteur de l’étendard de l’Indépendance. Après deux échecs aux référendums de 1980 et 1995, qui devaient donner au monde un « Québec souverain », un des fondateurs du Parti devait déclarer récemment que le Parti « avait provincialisé les esprits en proposant l’indépendance uniquement au deuxième mandat si leur chef était élu à la tête du gouvernement du Québec ». Ce fondateur, Gilbert Paquette, demande même la dissolution du Parti Québécois pour permettre la création d’une nouvelle « bannière qui rallierait tous les Indépendantistes ».

Une dilution assassine

En effet, la souveraineté du Québec est défendue aujourd’hui par trois partis : le Parti Québécois (P.Q.), Coalition Avenir Québec (CAQ-Parti actuellement au pouvoir) et Québec Solidaire (QS). A eux trois, ils totalisent approximativement 80 000 membres militants. Aux dernières élections québécoises d’octobre 2018, on pouvait noter 855 000 électeurs souverainistes alors qu’il en faudrait 3 000 000 pour remporter la victoire à moyen terme. La dispersion des membres souverainistes sur ces 3 partis est une aberration.

Autant dire que cette notion de liberté, de souveraineté, ou d’indépendance est désormais totalement diluée dans l’esprit des Québécois et qu’ils se battront les uns contre les autres aux prochaines élections au lieu de se rassembler pour défendre cette noble cause.

Alors que penser ?

Cette situation rend perplexe. Depuis mon arrivée au Québec il y a maintenant 20 ans, je n’ai jamais entendu la réponse à cette simple question : Que se passera-t-il au lendemain de la proclamation de l’indépendance ?

Et c’est bien là le problème. Au-delà des beaux discours, des phrases bien choisies, des mots répétés sans cesse comme « liberté, souveraineté, laÏcité, etc. », aucun des partis n’explique vraiment au peuple comment le pays fonctionnera le lendemain d’un nouveau référendum positif et les sacrifices ou récompenses qu’il est en droit d’attendre.

Pourtant des dizaines d’organisations souverainistes en tous genres « phosphorent » sur le sujet aujourd’hui au Québec, ce qui voudrait dire que la société civile pourrait avoir son rôle à jouer dans cette bataille. Malheureusement les militants sembleraient être les mêmes et les résultats seraient contreproductifs. En fait, le parti au pouvoir, la CAQ, avec son appui considérable de l’électorat francophone, pourrait se positionner comme fédérateur de la cause. Mais la dispersion des messages de ce parti amène une désaffection des québécois pour le combat pour l’Indépendance.

Ainsi, depuis le dernier référendum de 1995, (cela va faire25 ans !) la question nationale est peu discutée au sein de la société québécoise si bien que les jeunes ne se sentent pas trop « accrochés » par cet avenir d’autant qu’un sentiment généralisé « antiparti » commence à gagner les populations en pays démocratiques.

Alors l’Indépendance fait- elle encore vibrer ?

Probablement ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître ce sont les jeunes et les immigrés loyaux avec leur pays d’accueil qui devraient porter la bannière de l’indépendance car ils n’ont pas en mémoire les affres de l’échec des deux référendums passés. Ils sont vierges de toute souffrance politique québécoise et avides de jouer un rôle dans un pays nouveau.

Certains députés québécois indépendants (n’appartenant à aucun parti) semblent prêts à relever le défi avec la société civile. Mais il faudra pour cela beaucoup de courage, d’imagination, de l’ambition et de l’audace comme carburant pour que la machine puisse rouler à nouveau sur les rails. Et l’arme la plus sure et la plus immédiate est incontestablement la défense de la langue française.

Mais on peut aussi s’interroger si les largesses financières octroyées par le gouvernement fédéral annoncées lors du discours du Trône du 23 septembre par la gouverneur Générale du Canada pour soutenir les effets néfastes de la pandémie ne sont pas une arme pour démontrer aux Provinces et à leurs populations les bienfaits d’une Fédération et leur enlever tout velléité d’indépendance. Une manière de faire régner la peur dans les rangs. Une manière d’écrire de nouvelles pages « au livre noir du Canada anglais ».

Nous ne devons plus voir le Québec comme une gentille nation raisonnable et sympathique avec un accent si particulier, ni comme un simple espace de jeux et d’aventures mais comme une nation qui aimerait aspirer à la liberté de se construire seule. Le peuple québécois aura besoin de la France quand il prendra sa décision de devenir indépendant.

Soyez prêts à lui accorder votre soutien car les Tuniques rouges sont toujours là…comme en Ecosse !

Souvenons-nous que le Québec est né en 1608 de par la volonté du roi de France, sous le nom de Nouvelle France et la Confédération canadienne vit le jour seulement en 1867.

Aussi, les porteurs de ce projet devront se montrer plus vaillants et inventifs que d’habitude pour faire ressortir le « monstre » du lac, le garder en surface et surtout l’empêcher de replonger.

Patrice Sautereau du Part

Correspondant VPF Québec- Canada

Comments: 3

Laisser un commentaire