L’évolution de l’école (suite)

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Après le constat, viennent les critiques …

Le système éducatif était une institution délivrant des savoirs, structurant les intelligences, et formant l’esprit critique. Les réformateurs de l’école ont cassé ce système. Pourquoi ?


Une démarche philosophique apparentée à l’école de la déconstruction et de la négation de la réalité condamne la transmission. Pour Rousseau comme pour Descartes, il vaut mieux ne rien savoir que d’accepter un savoir incertain, un savoir transmis, une opinion reçue. Pour Descartes, la culture est une altération, une déformation de notre nature. Rousseau se fixe pour modèle un homme qui reste toujours un enfant, qui ne deviendrait jamais savant, qui ne sait rien. La culture n’est pas nécessaire pour accomplir notre nature, la culture pollue notre nature. Tous deux condamnent la transmission. Les tenants de ce courant partagent le même objectif: la déconstruction des normes, tant méthodologiques que morales, d’où la dissolution de l’idée de vérité au bénéfice du relativisme. Michel Foucault a désenchanté l’homme, est le représentant type de cette pensée. Il annonce la mort de l’homme, quelque chose de nouveau. Il inspire indirectement l’école, dans ses orientations libertaires, dans son relâchement, dans son idée de déconstruction.Pierre Bourdieu identifie les coupables et les profiteurs de la reproduction culturelle. Pour lui, un enseignement de classe est imposé, les savoirs inculqués sont ceux de la culture bourgeoise élitiste, l’école fonctionne comme une machine à reproduire les inégalités sociales. Donc, plus de cours, plus de transmission, plus d’acte d’autorité, plus de notes.La pensée de Mai 68 s’inscrit dans cette mouvance, anime et inspire le passage à l’école nouvelle et engendre le clan des utopistes. L’enfant doit se développer seul, le maître doit expliquer le moins possible, les élèves ont la parole, chacun doit donner libre cours à son élan créateur. Cette vision lyrique et libertaire débouche sur une pédagogie qui ne procède plus du réel, mais relève de l’idéal, une pédagogie de l’anti-raison. Le but de l’enseignement est de promouvoir une culture commune, ouverte sur le monde et sur la vie. L’école devient le simple reflet bariolé de tout ce qui se fait dans la société.

Des fondements idéologiques créent les sciences de l’éducation et le pédagogisme.Les sciences de l’éducation naissent aux Etats-Unis au début du XXè Siècle. Les responsables installent un enseignement de masse. Cet enseignement instaure un authentique égalitarisme au nom de l’émancipation des enfants. On ne reconnaît pas les aptitudes et les dons. Ce modèle américain est transposé en France. La « centration sur l’apprenant » ou constructivisme est la véritable formule magique du pédagogisme. L’enfant est au centre du système éducatif. Grammaire, rhétorique, syntaxe, doivent être abandonnés au profit des « arts du langage ». La nouvelle pédagogie vise à donner à l’élève des « compétences », à adapter l’individu aux besoins de la société. Ce qui importe, ce ne sont plus les contenus, mais la méthodologie mise en oeuvre pour une approche de ces contenus. Le marxisme à la sauce freudienne exerce une grande influence sur l’évolution de l’école. Les maîtres à penser de l’éducation nationale sont marxistes. Ils rêvent de détruire notre société bourgeoise. Philippe Meirieu parle de modeler un « type d’homme », d’aménager un « type d’organisation sociale ». L’école n’a rien à transmettre. Alors l’école pour quoi faire? La seule légitimité de l’école, c’est la citoyenneté. Plus question d’imposer des vérités aux enfants, de leur apprendre quoi que ce soit, de leur transmettre des connaissances. Il faut les préparer à inventer un avenir. Les marxistes s’appuient sur Freud pour refuser la transmission. Selon les adeptes de Freud, transmettre, c’est imposer, obliger, brimer, contraindre, dominer. Il faut libérer ces enfants- esclaves-dominés. Le maître devient un formateur, un éveilleur, un médiateur. L’élève devient un apprenant. Le médiateur doit éveiller en lui ses compétences. Marx et Freud sont les inspirateurs principaux des novateurs pédagogiques. Contradiction suprême, l’école nouvelle, dirigée par des penseurs marxistes, est aux ordres du néo-libéralisme, un libéralisme économique mondialisé, libéral libertaire. Mais contradiction trompeuse, car l’alliance de la gauche et du capitalisme ne fait aucun doute. Pour régner, le néo libéralisme doit maintenir l’état social actuel de bienheureuse ignorance et de médiocrité enjolivée, toutes deux unanimement partagées. D’où l’abandon de la culture classique, le refus de la chronologie et la censure d’événements, de faits, l’occultation de la grammaire et de l’orthographe, la promotion de la culture du sexe, l’élévation du vivre- ensemble, l’enseignement de la théorie du genre, l’apprentissage d’un Islam édulcoré et lénifié. D’où une histoire officielle écrite par des Francs-Maçons, dont  » l’objectivité » est à sens unique. L’école a désormais pour fonction d’empêcher toute réflexion et tout esprit critique.

Les vrais enjeux de ces réformes sont politiques et économiques.Des raisons économiques expliquent l’évolution de l’école. Les directives et les exigences données par les acteurs de la sphère économique éclairent les politiques éducatives. L’application des réformes dépend des priorités budgétaires. Les responsables du budget sont les autres décideurs du devenir du système scolaire. Ainsi, on diminue la part de la culture générale et de l’apprentissage de la critique, pour obtenir de futurs travailleurs dociles. Mais la rhétorique ministérielle masque les décisions réellement prises, les discours dissimulent la réalité. Des raisons systémiques révèlent l’éclosion et le développement du pédagogisme. La gauche seule investit à long terme ces questions, et sans réelle contradiction publique. Les pédagogistes remettent au goût du jour de vieilles lunes conçues autrefois, mais qu’ils présentent comme des nouveautés révolutionnaires. Ils imposent un nouvel académisme, au nom du progressisme. Ainsi, Philippe Meirieu reprend l’américain John Dewey, reproduit le soviétique Makarenko, copie Rousseau. Ensuite, le bouleversement de la pédagogie cache des intérêts discrets, mais puissants. Des intérêts économiques, avec le monde de l’édition et des techniques de communication, des intérêts corporatistes, des intérêts idéologiques inscrits dans un mouvement de rééducation et de déracinement de l’homme européen, à l’œuvre depuis 1945. La révolution pédagogique aboutie est en réalité un vecteur de destruction, vecteur de déracinement culturel, vecteur du développement de l’individualisme et de déstructuration des familles par des moyens coercitifs, éducation à la sexualité, pratiques de rupture avec la famille, accès à la contraception, vecteur de diffusion d’une culture de la facilité, vecteur de l’anglicisation de la culture. En réalité, la révolution pédagogique débouche sur un dressage, sur un apprentissage de la soumission à l’égard du système, soumission aux médias et au politiquement correct, à la nouvelle idéologie dominante. Pour les pédagogistes, l’école, c’est une question de rythme, c’est à dire l’aménagement du temps de l’enfant. Ce problème est un os à ronger. Un moyen de distraire le peuple de ce qui est essentiel pour le système politique, formater les futurs citoyens dès le plus jeune âge. Le transhumanisme se greffe sur tous ces éléments, parachève et couronne l’oeuvre de destruction engagée. Le transhumanisme commence quand on sort des bornes du corps humain, de la conscience humaine, de l’espace de vie humain, tels que la nature les a faits. Le transhumanisme procède à l’avènement d’un homme nouveau, condition parfaite de l’éclosion d’un régime totalitaire. Le transhumanisme affirme la modernité et le progressisme, et supprime toutes les limites, toutes les frontières. Il faut changer le monde. Le transhumanisme est une rupture avec la nature. Le transhumanisme est la manifestation de l’hubris, de la démesure, de la tentation qu’a toujours eue l’homme de se prendre pour Dieu.

L’école nouvelle est une arme au service du mondialisme. Des sources philosophiques, des semences idéologiques, des ferments politiques et économiques ont tenu le rôle de moteurs et ont contribué à promouvoir et installer cette école nouvelle. L’école et la société projettent de mettre tous les hommes dans le même moule, de standardiser les opinions et les comportements, veulent uniformiser, quitte à déformer ou dégrader. Tout doit être conforme et uniforme.

 

 Jean SAUNIER

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