Lettre ouverte à Monsieur Kouchner

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Le 2 juillet dernier, à l’occasion d’une interview accordée à LCI, vous avez déclaré : « La France est absolument raciste de ce point de vue (vous faisiez allusion au positionnement de l’opinion publique sur la question migratoire) et dans l’histoire, cela n’a pas à être démontré, tout le monde le sait » … Je ne le savais pas !

Je pensais, au contraire, que mon Pays avait eu beaucoup de mérite d’être parvenu, en s’y prenant même plus tôt que ses voisins comme l’Italie et l’Allemagne, à réunir des provinces qui n’avaient, pour ainsi dire, rien en commun, à une époque où l’état des chemins – pour ne rien arranger – ralentissait considérablement les projets d’unification du Pays. On ne parlait français qu’en très peu d’endroits. Le Picard ne savait pas ce qu’était une montagne et le Savoyard n’avait jamais vu la mer. Les langues régionales, dialectes, patois n’avaient presque pas de souche commune. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, les coutumes vestimentaires, les façons de faire la cuisine, de s’amuser, de danser tenaient leurs habitants dans l’ignorance les uns des autres comme le serait aujourd’hui un indien d’Amazonie d’un esquimau du Grand Nord. Et pourtant, mon Pays est arrivé à réunir tout ça … Du moins, je le pensais, avant que vous ne me corrigiez. Et puis – surtout – aucun de mes professeurs d’Histoire n’a jamais pris la peine de me démontrer le contraire.

Je pensais aussi que s’il y avait tant de gens à vouloir venir en France, c’est parce que les gens de mon Pays étaient tout particulièrement gentils et d’une grande ouverture d’esprit ? Et bien, non … C’est parce qu’ils seraient racistes. Je me doutais bien qu’ils pouvaient l’être occasionnellement, quand leurs paroles dépassent leurs pensées, sur un coup de nerf ou pour faire une blague. Je m’étais trompé. Selon vous, ils le seraient totalement, l’auraient été de tout temps et d’une manière absolue. Nous avons tout ignoré, jusqu’à ce 2 juillet 2018, de ce mal qui assèche nos cœurs et noircit nos âmes depuis nos lointains ancêtres – qui ne s’en étaient pas aperçus non plus – et qui inspireraient aujourd’hui ces organisations soucieuses de corriger nos comportements en nous faisant remplacer par des populations dont rien ne nous autorise à supposer qu’elles aient les mêmes défauts que nous. Les Soudanais, les Afghans, les Erythréens, les Syriens ont très probablement une longue pratique de l’amour du prochain, du rejet de la guerre et du respect de toutes les diversités. Si ces organisations et vous-même le dites, il n’y a aucune raison de penser le contraire.

Vous avez dit une autre chose qui devrait nous réjouir. Cette fois, c’était sur BFM TV où vous nous assuriez que les migrants allaient « faire revivre nos villages ». Vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça m’a fait d’entendre cela ! Je suis originaire d’un petit coin de Bretagne où j’ai passé mon enfance, mon adolescence, où j’ai eu l’immense plaisir de revenir à la trentaine, et dont le cimetière ne compte pas moins de huit tombes où dorment mes ancêtres … Ceux-là mêmes qui souffraient déjà du racisme sans le savoir et qui nous ont transmis leur maladie avec une parfaite inconscience. Les dernières femmes portant la coiffe du pays se sont retirées du monde. Les bateaux de pêche ont été déclassés puis sont allés mourir, pour les plus chanceux d’entre eux, dans des cimetières marins (les autres ont été coulés au large avec l’aide de Bruxelles). Les conserveries ont fermé leurs portes. Leurs sirènes, qui mobilisaient les femmes à l’arrivée des chalutiers, se sont tues. Les fêtes d’autrefois ont éteint leurs lampions et fermer leurs stands. On ne voit plus les reposoirs pour la fête Dieu – dans une île pas très éloignée de nos côtes, un libre penseur a voulu récemment les faire interdire – la procession des communiants, le défilé des écoles publiques, qui ne prenaient pas ombrage du cortège des premiers, ont déserté nos rues ou ne s’étirent plus que sur quelques mètres.

Si nos villages, aujourd’hui, sont morts, je suis heureux que vous ayez trouvé le moyen de les ressusciter. Maintenant – normalement – lorsque l’on ressuscite, on se retrouve tel que l’on était avant son trépas … Normalement.

Si cela devait effectivement se passer ainsi, nous vous serions, Monsieur Kouchner, infiniment  reconnaissants, et je ne penserai plus jamais du mal de vous.

 

LUC KEROG – VPF 56

 

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