Les migrations de demain…

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Pour parachever ses chefs d’œuvre, l’Union européenne a inscrit dans la Table de ses Lois une obligation d’un ordre moral, qui risque surtout de la démoraliser la première et de se retourner contre elle pour avoir sous-estimé l’étendue de ses champs d’application : l’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes. Un chantier élevant, selon elle, l’humanisme à une hauteur qu’il n’aurait jamais connue depuis la création de l’Univers et dont les grands prêtres, les docteurs de la Loi, les pères de l’Église de cette Union toute puissante, pensent qu’il leur vaudra les honneurs dans les dictionnaires à venir et les prochains livres d’Histoire … On peut même imaginer qu’ils ont d’abord pensé à cela, tant l’orgueil peut vous faire commettre des erreurs.

 

On ne peut empêcher des êtres humains, fuyant les guerres, les persécutions, les famines,  de vouloir gagner d’autres rives où tous ces malheurs leur seront épargnés. Même la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, l’Autriche, la République tchèque, la Lettonie, l’Italie, et d’autres qui, mois après mois, leur emboîtent le pas et dont on n’a aucune raison de penser qu’elles sont plus égoïstes que leurs autres sœurs du Continent, savent prendre en compte les raisons des mouvements migratoires même si elles se méfient plus particulièrement de ceux qui agitent l’Europe aujourd’hui. Seulement, leur histoire récente leur a appris à distinguer un visiteur bienveillant de son contraire. Les chars du Pacte de Varsovie, en 1956 pour l’une, douze ans plus tard pour une autre leur ont beaucoup appris sur la qualité des voyageurs se présentant à leurs frontières, tout comme les enclaves communautaires d’avant la Guerre 1939/1945 leur ont été d’un grand enseignement sur les risques d’un tissu national décousu.

 

Ceci dit, l’Union européenne s’est penchée sur le problème de l’immigration en retenant  les aspects qui lui procurent aujourd’hui de l’orgueil, mais en oubliant ceux qui, demain, risquent de lui causer des tourments.

La tentation de l’exil ne naît pas uniquement de l’urgence de s’éloigner au plus vite d’une région du monde où notre sécurité physique n’est plus assurée. Elle peut venir aussi de la crainte de devoir vivre en exil chez soi. « Exilé dans son pays natal est le pire exil », écrivait Robert Sabatier. Sans obligatoirement endurer les guerres et les persécutions qui nous meurtrissent dans notre chair. Sans nécessairement subir les famines qui nous privent des nourritures terrestres. En raison simplement d’un environnement humain totalement bouleversé, d’un code de vie sans le moindre lien avec nos anciens cadres de références, d’un langage vidé des mots et des tournures de phrases qui nous rapprochaient du parler de nos pères, nous donnaient une place dans la longue chaîne familiale, nous rappelant comment ils vivaient, comment ils priaient, comment ils pensaient, comment ils riaient. En raison de traditions rejetées, de coutumes moquées, de paysages qui, même sans changer de place, ne nous disent plus rien.

Dès lors, on peut très bien imaginer, dans les années qui viennent, une immigration d’un genre nouveau à laquelle l’Union européenne n’avait peut-être pas pensé. Le regroupement identitaire amenant des populations entières à se déplacer à l’intérieur du Continent. Une sorte d’immigration intra-européenne ! Peut-être que le Provençal – même sans rien connaître du Hongrois – se sentira moins dépaysé à Budapest qu’à Marseille ? Peut-être que l’Alsacien – même si sa langue régionale est bien éloignée de l’italien – finira par trouver des sujets de conversation, qu’il n’avait plus chez lui, avec le boulanger de Milan ou le cafetier de Bologne ? Peut-être que l’Auvergnat saura passer des danses de son terroir aux valses de Vienne ? Peut-être que le Savoyard s’habituera à Varsovie, le Charentais à Prague, le Breton à Bratislava ? Pourquoi pas …

Oh, il y aura bien des esprits querelleurs qui ne manqueront pas de qualifier ces initiatives de communautarisme, celui-là même qu’ils auront laissé se développer un peu partout sur le Continent européen … sur d’autres critères. La Commission européenne ne restera sûrement pas sans réagir. Peut-être même que dans certains Pays de l’Union, des partis politiques demanderont la fermeture des frontières, non plus cette fois pour empêcher les migrants de rentrer, mais pour empêcher les identitaires – c’est ainsi qu’ils les appelleront – de sortir pour se regrouper ailleurs. A l’image du regroupement familial qu’ils auront encouragés pour d’autres … Mais là encore, sur d’autres critères.

 

Luc KEROG –  VPF 56

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