Les îles éparses, bientôt abandonnées ?

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La vigilance s’impose : le rideau est tombé sur la rencontre des présidents malgache et français en mai. En catimini, les discussions se poursuivent. Elles risquent de déboucher sur la perte de souveraineté de la France sur une partie potentiellement riche de son territoire .

Le contentieux franco-malgache à propos des Îles Eparses.

Les Îles Eparses, ce sont 5 îlots de l’Océan indien, quatre à l’ouest de Madagascar et un,Tromelin, au nord-est, qui appartiennent à la France depuis 1722 selon certains, 1896 selon d’autres.

Dès 1973 , Tananarive revendique les quatre îles Eparses du Canal du Mozambique d’une superficie totale d’une quarantaine de km2 : Bassas de India, Europa, les îles Glorieuses et Juan de Nova qui n’ont pas été revendiquées par Madagascar auparavant et qui n’ont pas fait l’objet de négociations particulières au moment de l’indépendance en 1960. Ces îlots n’ont jamais été malgaches ni terre de peuplement de Malgaches. Paris assurait, à l’époque, que les revendications malgaches n’avaient aucune raison d’être : ils sont inhabités, sont territoires français rattachés aux Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Depuis, craignant un débarquement de troupes malgaches, Paris les fait occuper par des militaires et gendarmes français venant de La Réunion. Parfois, des pêcheurs de Madagascar occupent indûment les zones de pêche autour de Bassas de India . Sites protégés et classés réserves naturelles depuis 1975, ils sont régulièrement visités par des missions scientifiques qui y mènent des programmes de recherche sur la biodiversité .

En1979 et 1980, les Nations Unies adoptent deux résolutions non contraignantes condamnant toutefois la France et  » l’invitant à entamer sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar » . En octobre 2013,  »je promets de me battre pour la restitution de nos îles »,déclare le candidat parrainé par Andry Rajoelina . En 2016, pour étudier le sort de ces îles, est installée une commission mixte franco-malgache qui n’a jamais abouti.

Plusieurs partis politiques français interpellent le quai d’Orsay sur  »le respect de la souveraineté française sur les îles Eparses » et dénoncent les visées malgaches. Récemment, le président du mouvement libéral  »Objectif France », dont le vice-président est le général Soubelet, accuse Macron  »de brader ces îles au profit de Madagascar ». Pour le général Soubelet,  »les Eparses » appartiennent à la France, argumentaire également repris par le mouvement République Souveraine de Djordje Kuzmanovic qui dénonce  »l’éparpillement de la souveraineté française dans l’océan Indien ».

Madagascar, son élite et son président. Si après son indépendance, la population malgache sombre dans une extrême pauvreté, ses dirigeants et hommes d’affaires douteux , en revanche, affichent un train de vie scandaleux et amassent des fortunes indécentes en regard de la misère ambiante. L’élite malgache corrompue, à laquelle appartient Rajoelina, a mis en coupe réglée les richesses et l’économie du pays depuis les années 70 avec la complicité des Soviétiques et des Asiatiques sur fond de trafic. Le pape François, pas plus tard que le 9 septembre dernier, s’en est d’autant plus ému que la population est en majorité chrétienne.Le quotidien  »le Monde » titrait à l’occasion de la visite du pape :  »changer de vie et de politique ». Si Madagascar veut enfin emprunter la voie du développement, il lui faut bannir les pratiques d’une époque stalinienne révolue.

Né en 1974 d’une famille d’ethnie Merina, Andry Rajoelina, se veut l’ami de M. Macron. Il détourne l’attention des Malgaches des vrais problèmes en mettant en avant cette question des îles éparses. Avec Rajoelina qui appartient à cette élite politique au pouvoir qui a été à l’école de celle d’hier, Madagascar ne prend pas le chemin du développement. Ce n’est pas la première fois qu’il est président de Madagascar. Chef d’entreprise, il était maire d’Antananarivo depuis 2007. En 2009, à la suite d’une succession de manifestations sanglantes dont on pense qu’il est à l’origine, il s’autoproclame  »en charge de la République malgache » avec le soutien de l’Armée. La communauté internationale et la France condamnent le coup d’Etat et ne le reconnaissent pas. En 4 ans au pouvoir, il n’arrive pas à sortir son pays de la misère. En 2013, interdit de candidature par la communauté internationale, il renonce mais revient sur le devant de la scène et gagne l’élection présidentielle avec 10% seulement du corps électoral en décembre 2018 malgré son image de putschiste, d’affairiste et de chef d’État corrompu qui lui colle à la peau.  »Monsieur TGV », son surnom parce qu’il fonce et fait tout très vite, ne parvient pas à redresser la situation. Ancien play-boy organisateur de soirées branchées, grand communicateur en sa qualité de patron d’une chaîne de télévision et de sociétés publicitaires, il se voit affublé d’un second surnom,  »l’écrevisse », pour sa facilité à marcher à reculons. Il est la risée des Malgaches dont il est déconnecté avec son projet d’équiper les zébus de puces électroniques pour empêcher les vols de troupeaux et chasser les voleurs avec des drones. En campagne électorale, il a tout promis, en particulier de transformer Tamatave en Côte d’Azur ou en Miami malgache. Comment s’associer et faire confiance à cet individu qui organise le pillage de son pays, qui navigue à vue, pratique la censure et fait arrêter ses détracteurs ?

La trahison d’Emmanuel. Macron . A l’occasion de sa visite officielle en mai dernier, le président malgache fait, de l’appartenance des îles éparses, une question de fierté et d’identité nationales.Il demande au président Macron de trouver une solution pour la gestion ou la rétrocession et propose la mise sur pied d’une commission mixte pour trouver une issue heureuse à cette problématique avant le 60ème anniversaire de l’indépendance de Madagascar en juin 2020. Mais dans un twitt et sur facebook, le Malgache ne parle que de rétrocession. Monsieur Macron acquiesce et précise que la question de ces îles devrait faire l’objet d’un dialogue pour aboutir à un partenariat entre Madagascar et la France.

M. Macron sait très bien, qu’en plus de l’enjeu géostratégique de ces îlots pour le contrôle de l’énorme trafic maritime du canal du Mozambique, l’intérêt de la très convoitée Zone Economique Exclusive (ZEE) des îles éparses, d’une superficie de 640.000 km2,est évident :

– elle présente une biodiversité incroyablement riche avec la présence d’espèces animales et végétales protégées.

– La perspective d’exploitation d’hydro-carbures (pétrole et gaz) qui intéresse les Malgaches n’est pas du goût des écologistes. Même si pour l’instant rien n’a été découvert, la France ayant interdit de poursuivre les programmes de forage, on croit savoir que d’importantes réserves d’hydro-carbures existent autour de ces îles.

– Si la France se retire, on sait très bien que Madagascar n’a pas les moyens de mettre en valeur cette ZEE ni de sécuriser la voie maritime du canal du Mozambique contre la piraterie, les trafics et le terrorisme. En revanche, les  »amis » américains et chinois des Malgaches le peuvent. Ces probables richesses du canal du Mozambique exploitées par la France pourraient contribuer au développement des départements français de Mayotte et de la Réunion où le chômage atteint des sommets.

Pourquoi rétrocession ? Ces îles inhabitées n’ont jamais été malgaches. Pourquoi partenariat de gestion pour des richesses qui n’appartiennent pas à Madagascar et dont on sait qu’elles seront sauvagement exploitées par d’autres ?

Pourquoi ce cadeau d’anniversaire à la république malgache qui doit tout à la France alors que son élite corrompue a tout détruit ? Cadeau au nom de la repentance, pour les prétendus crimes que nos généraux, gouverneurs et administrateurs de Madagascar (Galliéni entre autres), auraient commis en colonisant ce territoire?

Le président Andry Rajoelina évoque la fierté et l’identité nationales des Malgaches. Quant à Macron, il s’achemine sans fierté ni consultation populaire vers l’abandon de la souveraineté française sur un territoire appartenant de longue date à la France. Les travaux de la précédente commission mixte de 2016 ont été bloqués au parlement par les représentants élus des Français . Sont ce les Français qui auraient changé d’avis ou leurs nouveaux représentants qui seraient devenus serviles fermant les yeux et courbant l’échine sous l’autocratie macronienne et prêts à tout gober ?

THEOPAT

Nota :

1) Madagascar n’est pas seule à revendiquer des îles de l’océan indien. Maurice réclame Tromelin depuis 1976, et les Comores s’intéressent aux Glorieuses depuis1980. Un accord de cogestion négocié en 2010 entre Maurice et la France à propos de Tromelin est bloqué au parlement.

2) la Grande-Bretagne a été sommée, en vain, par l’ONU, de rendre à Maurice l’archipel des Chagos . Londres en avait chassé les habitants dans les années 60 pour y installer la base britannico-américaine de Diego Garcia .

 

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