“Le plan islamophobie”: l’incroyable lobbying du site lesmusulmans.fr

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Arnaud Antonelli

Publié le 26/11/2019 à 14:58

Source « Valeurs Actuelles »

N’ayant rien à envier au travail analytique et pluriel des lobbies, l’association « Les Musulmans » a rendu public une batterie de mesures (quasi) exigées par ceux qu’ils estiment représenter. Régalien, enseignement, médias et modes d’action collectifs communautaires ; le « plan islamophobie » souhaite changer la société française. 

Au terme de six mois de travail d’enquête et d’écoute au sein de la population musulmane de France, « Les Musulmans », un « mouvement national et indépendant des communautés musulmanes de France » a rendu public, sur son site internet, un vaste plan de lobbying sans précédent. Des mesures « inquiétantes », confie une source policière. Le « plan islamophobie » souhaite arpenter les sentiers politique, médiatique, institutionnel et judiciaire : victimisation et condamnation de l’islamophobie sont les leviers essentiels de ce programme d’ampleur « qui a réuni plus de 27 000 participants et plus de 200 associations ». Outre les statistiques recueillies qui traduisent une crise de représentation visible, 63,01% des sondés ressentent le « besoin d’une structure nationale qui leur permette de s’organiser et d’être représentés » en tant que musulmans, donc. 

Un plan sociétal, politique et médiatique en cinq volets

  • Une révolution législative et institutionnelle

Les entités visées par le volet institutionnel sont aussi nombreuses que politiques. Renversement de la hiérarchie des normes, droit de regard sur le législatif, forme de censure apparente au nom d’une islamophobie fantasmée et unilatéralement définie : un packaging alléchant. 

1 – Veiller à l’établissement de « conventions contractuelles et transparentes décrivant les modalités de coopération entre les ONG antiracistes et l’État sur la base de critères objectifs » pour permettre une « meilleure prise en compte des réalités de terrain ». L’on comprend aisément, ici, qu’il s’agit de remettre en cause les chiffres officiels contestés par ce qu’ils nomment « la réalité ». L’État serait-il donc adroitement accusé de mentir par idéologie ?
2 – « Mise en place d’une commission parlementaire mixte contre l’islamophobie » qui devra gérer la « mise en œuvre du plan ici présenté ». S’il ne s’agit pas d’une injonction, ça en a tout l’air. « Cette commission aura également la possibilité de dresser un bilan des lois ayant eu un impact sur les communautés musulmanes ». Un droit de regard sur le législatif, donc.
3 – « Démantèlement de tout dispositif abusif, criminalisant des pratiques religieuses ou non-conformes au strict respect des libertés fondamentales ». Là encore, la pyramide des normes n’est pas la même pour tous. De là à ce que le religieux soit considéré comme « supra » vis-à-vis de la loi ? 
4 – Définir un cadre d’expression – unilatéralement – quant à l’islamophobie, en élaborant et en adoptant « une définition opérationnelle de l’islamophobie, comme l’ensemble des discriminations et violences contre des personnes et institutions, en raison de leur appartenance réelle ou supposé à la religion musulmane ». 

  • Préempter l’espace médiatique

C’est à un véritable « putsch » que souhaite se livrer l’association en réformant les médias de service public, en élargissant les prérogatives du CSA, en imposant une « personnalité musulmane » lors des débats et en s’assurant de leur représentativité à l’antenne.

1 – Procéder à un vaste « élargissement de la compétence du CSA en matière de surveillance, de régulation et de sanction des abus, en matière de discours d’incitation à la haine, aux discriminations et au racisme. » Et même une série de  « sanctions financières contre les chaînes ne respectant pas leurs engagements déontologiques ». Des engagements qui restent à définir… d’autant plus au sein des médias appartenant au privé. Ceci étant, le CCIF a notamment annoncé avoir déposé plainte contre Éric Zemmour, Laurent Bouvet et Julien Odoul en octobre dernier. 
2 – Organiser un « audit annuel des principales chaines infos et des chaines radiotélévisées du service public en matière d’inclusion et de représentation des minorités », mais aussi veiller à « améliorer le traitement médiatique » autour de la question musulmane, en organisant ateliers et rencontres avec journalistes et universitaires. En toile de fond, une volonté de prendre davantage de place dans l’espace public.
3 – « Les Musulmans » souhaitent imposer la présence de quelqu’un qu’ils jugent dignes de les représenter au sein des médias, en prévoyant « l’invitation systématique de personnalités musulmanes lors des débats portant sur l’islam et les musulmans », outre un net « refus d’intervention sur ces sujets de personnalités ayant été condamnées pour des faits d’incitation à la haine et à la discrimination ». A cet étrange tableau s’ajoute une autre demande, celle d’une « identification et formation (!) de 100 personnes issues de la société civile, de confession musulmane [pour organiser] mise en valeur et promotion » dans les médias.

  • Changer la vie publique

Le communautarisme vanté par cet apparent lobby revêt la forme d’une action bien connue Outre-Atlantique, et embrasse la volonté d’extrapoler ce phénomène à la société française. Y est spécifié un point exigeant « l’inclusion des femmes musulmanes », signifiant donc que ces dames seraient, aujourd’hui, exclues. Une volonté de créer un clivage ?

1 – Surveillance accrue en période électorale, avec « mise en place d’un observatoire des discours de haine ». De quoi écarter les candidats jugés non-conformes. 
2 – Injonction programmatique commune à tous les partis, avec la « définition d’une liste d’engagements contre le racisme et les discriminations, dont un volet sur l’islamophobie, l’inclusion des femmes musulmanes ». Au menu, une « inclusion de ces items dans les programmes électoraux ». Voilà qui fait écho aux listes communautaires. 

  • Faire de l’islam un acteur majeur et indispensable

Le « plan islamophobie », c’est également une batterie de mesures tentaculaires qui rejoignent des domaines clefs, parmi l’enseignement et la justice. Formation des enseignants, prise en compte du prisme religieux en matière de santé, formation de relais au sein de la population pour faciliter les plaintes, imbrications au sein du domaine de l’entreprise…Florilège.

Enseignement. Volonté de mettre à disposition les avis de l’Observatoire de la laïcité et les décisions de justice « relatives au fait religieux » pour les enseignants, avant d’exiger une « formation » de ceux-ci au « strict respect de ces décisions ».
Santé. « Rappel des chartes de respect des patients en milieu hospitalier », avec respect de « la dignité et du culte des patients », mais aussi de leurs « régimes alimentaires ». A chaque communauté son traitement, son menu et son rapport à la féminité ?
Justice. « Formation de cadres musulmans à la prise en charge des victimes d’actes islamophobes afin qu’ils puissent mieux sensibiliser les fidèles ». 
Entreprise. « Sensibilisation des entreprises du CAC40 au respect de la diversité dans des campagnes de communication nationales ».
Municipalités. « Mise en place de points de contact et de prévention contre les discriminations dans toutes les municipalités en lien avec les associations et les structures locales ».
Médias. Création de « campagnes d’affichage et diffusions de spots radio-télévisés dénonçant l’islamophobie ».

  • Victimisation judiciaire et internationale

Si la France ne remplit pas les conditions exigées par l’association, la consigne est donnée de saisir les organisations internationales. Les dénonciations de paroles et actes jugés islamophobes augmenteraient massivement et viendraient engorger les tribunaux avec des saisies « systématiques ». L’idée étant d’accoucher d’une « boucle d’alerte citoyenne ». Une forme de repli assumée.  

1 – « Envoyer un signal fort et dissuasif [avec la] création d’une commission dédiée à l’islamophobie au sein de la DILCRAH » (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, NDLR) et souhait de « saisie systématique du procureur de la République lors de discours de haine contre les musulmans ». Une vaste campagne de victimisation systématique visant à empêcher toute critique constructive de l’islam ?
2 – Mettre la France en porte-à-faux vis-à-vis de l’Europe et de l’ONU dès qu’il est possible de le faire, en alertant et saisissant systématiquement « toutes les organisations internationales compétentes en cas de non-respect par l’État français des engagements pris ». Comprendre : si le laxisme étatique continue de gêner, c’est à la strate supérieure (dans les normes de la pyramide de Kelsen) qu’il faut s’adresser.

  • Une confiance en l’Etat inexistante : la guerre des chiffres est lancée 

1 – « Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, les atteintes aux lieux chrétiens, représentaient en 2012 81,4% des atteintes aux édifices et aux sépultures religieux (543 actes sur 667) », trouvait-on dans l’inénarrable Libération (Desintox, 2015). C’est pourtant à la « sécurisation des mosquées » que souhaite remédier le lobby, avec « allocation d’un budget de sécurisation des lieux de culte musulmans », « formation des équipes animant ces mosquées », et « mise à disposition systématique d’un point de contact policier et préfectoral »…Rien que ça. Disposer d’un officier de police devant chaque mosquée, c’est remporter une victoire double et décisive dans l’espace public et dans l’opinion ; c’est s’ériger en victimes visibles.
2 – « Identification des groupuscules islamophobes, surveillance des éléments les plus actifs et démantèlement » de ceux-ci. Rappelons que « L’islamophobie n’est pas punie en tant que telle en France » (le Monde, janvier 2015), si tant est qu’il peut être apporté la preuve qu’il ne s’agit pas d’une incitation à la haine.
3 – « Les Musulmans » gravent dans l’airain le fait de n’avoir aucune confiance envers le ministère de l’Intérieur, exigeant une « publication trimestrielle des plaintes et mains courantes portant sur des faits de discrimination et de violences islamophobes », afin de veiller à la « réconciliation de ces statistiques avec celles des ONG » pour s’assurer de leur « fiabilité ». L’objectif étant, là encore, d’évaluer « l’efficience de la justice en matière de lutte contre le racisme et de dissuader le passage à l’acte ». Enfin, est exigé la publication et « visibilisation du travail du Défenseur des Droits, notamment dans les dossiers gérés en matière d’islamophobie, ainsi que sur les avis rendus ». 

Une excroissance de la controversée CCIF ?

Si le plan recense classiquement appels aux dons et adhésions, un autre point suscite l’interrogation ; le texte exhorte le lecteur à rejoindre la plateforme du CCIF, le très controversé Collectif contre l’Islamophobie en France. L’association, fondée en 2003, est « directement issue des jeunes réislamisés par les réseaux fréristes et accompagnés par Tariq Ramadan », des dires du spécialiste de l’islam Bernard Godard. Une analyse complétée par un jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Paris en juin 2019, dans le cadre de l’affaire Isabelle Kersimon. Cette dernière avait fait l’objet d’une attaque en diffamation par le CCIF, pour avoir lié les Frères musulmans à l’association. La décision judiciaire a donné raison à la journaliste, créant probablement là une jurisprudence notable. Marwann Muhammad, qui prend la parole en guest-star dans la vidéo présentant le projet, se fait le vecteur d’une idéologie  inquiétante. En 2011, au cours d’une conférence, Muhammad dit au sujet des musulmans de France, victimes de racisme : « Voilà une population qui n’a pas envie de se soumettre au mode de vie pratiqué ici. Voilà des gens qui ont dit non, ma femme ou ma fille ne sera pas un objet sexuel dans cette société. Elle ne se mettra pas nue pour vendre du yahourt », lançait ce vrai faux-féministe. « Non, je ne crois pas dans votre idéal ». C’est lui qui fut à l’initiative du slogan « Allahu Akbar » lors de la manifestation contre l’islamophobie le 10 novembre dernier. Un slogan de paix, de ses dires. 

Parmi le « comité scientifique » figure Said Bouamama, cofondateur du Front uni des immigrations et des fronts populaires, un site charmant qui se présente comme « une organisation qui milite pour créer une force autonome des immigrations et des quartiers populaires ». Sociologues, chercheurs détachés du CNRS, militants associatifs et autre démographe figurent dans ledit comité de l’association, dont le travail de lobbying d’ampleur a de quoi faire pâlir. « Ce plan sert à définir et à mettre en œuvre une vision d’ensemble de la lutte contre l’islamophobie, en permettant à chacun d’y prendre part. Nous renforçons ainsi la coopération entre les structures et les institutions, tout en permettant aux citoyens et musulmans lambda de s’impliquer et de se responsabiliser. » Une forme de sécession à peine voilée ? « Les médias, les institutions, les parties politiques, les entreprises ne jouent pas leur rôle » aux yeux de l’association. De quoi proposer une batterie de mesures incroyables.

« L’ensemble de la démarche s’inscrit dans un esprit constructif et indépendant », est-il enfin renseigné dans les conclusions. D’aucuns qualifieront celle-ci de communautariste… voire de séparatiste. 

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