Le droit à la phobie

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La phobie, du grec ancien phobos (divinité que l’on exhortait pour se donner du courage au combat), recouvre une série de peurs incontrôlées relevant peu ou prou de l’angoisse ; à ce titre les psychothérapeutes s’en sont emparées avec délice pour les analyser et prétendre les soigner. En réalité ils ont répandu dans le corps social toute une série de troubles auto-anxiogènes que chacun peut s’attribuer à sa guise.

En ce qui me concerne j’avoue humblement avoir découvert que je pouvais souffrir par intermittences d’agoraphobie (ou peur de la foule), d’hématophobie (ou peur du sang), de claustrophobie (ou peur des espaces restreints), d’anginophobie (ou peur de l’étouffement), d’algophobie (ou peur de la douleur) et plus récemment d’administrativophobie (ou peur des relations avec les administrations ou des courriers administratifs) et d’autres phobies, non encore répertoriées et que je me suis permis de qualifier moi-même, comme la fiscalophobie (au sens évident), la nanophobie (peur des nains), la numéricophobie (peur du tout numérique).

Notez que les phobies bizarres peuvent se décliner à l’infini ; il en est ainsi de l’arachibutyrophobie (ou peur d’avoir du beurre de cacahuètes collé au palais), de la nanopabulophobie (ou peur des nains de jardin à brouette), la nomophobie (ou peur d’être séparé de son téléphone portable) la paraskevidékatriaphobie (ou peur du vendredi 13), l’anatidaephobie (ou peur que quelque part, d’une façon ou d’une autre, un canard vous observe), la luposlipaphobie (ou peur excessive d’être poursuivi par des loups autour d’une table de cuisine sur le parquet fraîchement ciré en ne portant que des chaussettes aux pieds) et la meilleure pour le scrabble : l’hippopotomonstrosesquippedaliophobie (ou peur des mots trop longs) !

Mais quelques esprits pervers ont aussi imaginé d’ajouter le suffixe -phobie afin de suggérer l’existence de quelque sentiment spécifique d’anti-quelque chose vis-à-vis ceux ou celles qu’ils portent à leurs vindictes afin de mieux les stigmatiser, les culpabiliser et les livrer à la désapprobation publique ; il en est ainsi de l’homophobie, dont le sens a été détourné puisqu’à l’origine ce mot désignait la peur qu’ont certains hommes hétérosexuels de passer pour homosexuels ; et dont les linguistes critiquent le bien-fondé du sens actuel donné à ce terme, le préfixe « homo- » provenant du grec « homoios » signifiant « semblable » et non, selon la croyance répandue, du latin « homo » signifiant « homme ». À proprement parler, l’homophobie signifierait donc « peur de son semblable », et non pas « aversion à l’égard des homosexuels »… ou encore de la xénophobie (du grec ancien « xénos » étranger), conçue comme La haine de l’homme pour l’« homme du dehors », selon Julien Benda, et susceptible de dériver dans des formes de conflictualité plus radicale comme le racisme, l’homophobie, la transphobie (peur des transgenres), la dysmorphophobie (peur des anomalies physiques) etc.

En regardant l’Eurovision 2019, j’ai découvert à travers la prestation offerte par la France que je souffrais aussi de ces deux dernières phobies citées, ne m’accablez pas, je vais soigner sans plus tarder ces craintes irrationnelles ; et comme j’ai appris que la rumeur courait que certains pays envoyaient de piètres candidats au plus célèbre concours de chant européen, afin de s’assurer de ne pas avoir à l’organiser… cela m’évitera d’aggraver ma vastumpublicaephobie (ou peur du gaspillage public), désormais bien ancrée…

Patrick VERRO

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