La Turquie avance ses pions

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La Turquie avance ses pions

Point de situation n°3 de la cellule veille/alerte VPF

 

Le sultan Erdogan avance inexorablement son projet néo-impérial ottoman et national-islamiste pan-turc. Conflits armés, propagande, recherche de richesses énergétiques, intimidation et déstabilisation des États susceptibles de le freiner dans ses projets sont dorénavant mis en œuvre avec régularité et de façon d’autant plus agressive lorsqu’il ne rencontre qu’une molle résistance. M. Erdogan, avance ainsi ses pions, teste, observe et adapte ses actions en permanence afin d’en tirer les meilleurs bénéfices.

Sur le plan militaire, la Turquie a engagé de multiples actions armées conformément à ses ambitions

Sur la région du Haut-Karabakh, il était évident que la Turquie ajouterait rapidement l’Arménie à la liste de ses interventions. Le conflit était facile à allumer et le gain à en attendre important : ressources énergétiques, arc pan-turc de la Mer Noire à la Mer Caspienne sécurisé et galvanisation du peuple turc par une victoire malheureusement prévisible sur le peuple arménien. Il n’attendait que le moment le plus opportun. Celui-ci s’est présenté dès lors que ses engagements en Syrie et Lybie marquaient une pause grâce à un relatif statut-quo sur le terrain et une recherche de négociations par toutes les parties en cause. Il a pu ainsi se concentrer et transférer ses troupes mercenaires djihadistes du nord de la Syrie et de Libye sur le terrain du Haut-Karabakh et apporter à l’Azerbaïdjan une aide militaire par l’envoi de conseillers et de matériels. Les combats ont donc éclaté le 27 septembre entrainant un appel à la mobilisation générale et l’instauration de la loi martiale en Arménie et Azerbaïdjan. Le bilan a rapidement été très lourd même au sein des populations civiles du fait de l’emploi par l’Azerbaïdjan de bombes à fragmentation. L’Arménie sous-équipée par rapport à ses adversaires n’a pu que plier sous la pression. Même en zone de montagne, ses combattants n’ont pu se soustraire aux drones de combat fournis par la Turquie et Israël à son adversaire. La Russie liée à l’Arménie par un traité de défense qui n’inclut pas la zone du Haut-Karabakh, s’est contentée de fixer une ligne rouge s’arrêtant aux frontières de l’Arménie mais a réagi vigoureusement après l’envoi de mercenaires djihadistes par Ankara. Un message a été envoyé aux autorités turques au moyen d’un raid aérien sur un camp d’entrainement pro-turc du groupe armé Faylaq al-Sham qui a fait 80 morts chez les rebelles. L’UE quant à elle s’est contentée d’appels au cessez-le-feu. C’est dans ces conditions, et après que des pans importants du Haut-Karabakh ont été conquis par Bakou, que la Russie a imposé la fin de partie et contraint les belligérants à un accord signé le 9 novembre entérinant la perte de ces territoires pour les Arméniens. Il est incontestable que la Turquie et la Russie sortent gagnantes et s’imposent comme seuls acteurs de poids dans la région.

En Syrie, depuis le mois de mars dernier, c’est le statu-quo. La présence turque et sa collaboration avec des éléments liés au terrorisme suscite de nombreuses critiques. Grâce au cessez-le-feu signé, M. Erdogan a obtenu l’installation de postes d’observation et de postes militaires qui font obstacle à la prise de la poche rebelle d’Idlib par l’armée syrienne. Néanmoins certains de ces postes sont encerclés par l’armée syrienne et difficiles à défendre. En outre, la Russie bloquerait leur réapprovisionnement et M. Erdogan aurait pris la décision d’abandonner 4 stations d’observation et 2 postes militaires.

En Libye, un accord de cessez-le-feu a été signé le 23 octobre dernier sous l’égide de l’ONU entre le GAN (gouvernement d’accord national de Fayez al-Sarraj) et L’ANL (armée nationale libyenne de Khalifa Haftar). Il prévoit que sous 3 mois les unités militaires et les groupes armés devront déserter les lignes de front et que les mercenaires et combattants étrangers devront quitter le territoire libyen. Cet accord tente de créer les conditions pour la reprise des pourparlers politiques visant à un règlement institutionnel de la crise libyenne.

Compte-tenu de ces 3 éléments, il est évident que le sultan Erdogan va tenter de rallumer d’autres foyers pour faire avancer ses projets. La Turquie a d’ailleurs annoncé début octobre son intention de rouvrir l’enclave militaire de Varosha située dans un ancien quartier grec, quartier de Famagouste à l’est de l’île de Chypre. La communauté internationale s’en inquiète puisqu’il s’agit d’une zone clé dans le conflit chypriote turc. Par ailleurs, contre toute attente Ersin Tatar, proche d’Erdogan, a été élu comme président de Chypre-Nord. Le président sortant était favorable à la réunification de l’île. Ersin Tatar veut l’indépendance de la partie « turque ». Tout est donc en place pour un potentiel nouveau conflit piloté par Ankara.

Parallèlement aux actions militaires évoquées, d’autres actions sont engagées par la Turquie :

– reprise le 12 octobre des opérations de prospection de l’Oruç Reis (navire de recherches de gisements énergétiques) ;

– poursuite de l’organisation du passage de migrants vers l’Europe.. On peut craindre à cette occasion l’organisation du passage de djihadistes au milieu de ce flux. Le MIT ( Millî Istihbarat Teskaliti, service de renseignement de la Turquie) se montre très actif en Grèce d’où il infiltrerait des unités d’action de l’Etat islamique vers l’Europe occidentale. Cette information est d’autant plus crédible qu’un « coupeur de tête » de l’État islamique a été récemment arrêté dans le Péloponèse lors d’un banal contrôle. Sa prise en charge avait été opérée par une ONG, probablement l’une de celles incluses dans le coup de filet opéré par la police de Mytilène assistée par les services antiterroristes qui a conduit notamment à la poursuite de 4 ONG et de 33 de leurs membres pour participation à une organisation criminelle ;

– propagande subversive visant non seulement à attiser le sentiment néo-ottoman en Turquie , mais également à attiser la haine des nations européennes parmi les populations musulmanes qui y vivent. Aux côtés des Frères musulmans, Erdogan se fait le héraut de l’islam sunnite « victime de la xénophobie et de l’islamophobie » des peuples accueillants. Sa virulence a atteint dernièrement des sommets tant à l’encontre du président français qualifié de malade mental que de tous les dirigeants européens qui se comporteraient à l’égard des musulmans comme des « maillons de chaînes des nazis ». Il fournit ainsi le carburant nécessaire aux attentats. Il active par ailleurs en sous-main ses troupes turques implantées en Europe comme notamment les Loups gris qui font la chasse aux Arméniens sur le sol français et Milli-Gorus, organisation inspirée de l’idéologie et de la tactique des Frères musulmans, surveillée de très près par les autorités allemandes.

Le néo-sultan Erdogan est donc devenu le pire facteur d’instabilité que l’UE ait à affronter. Néanmoins, l’UE ne lui oppose qu’une très faible, voire inexistante résistance. L’Allemagne qui est à la manœuvre, atermoie, se refuse aux sanctions économiques et critique les quelques efforts déployés par la France pour aider la Grèce. Pis encore, l’Allemagne promeut une opération de sauvetage de l’économie turque par le biais d’une proposition de la Commission européenne visant les règles de préférence sur les marchandises des peuples méditerranéens.

Alors que la Turquie de M. Erdogan se comporte en État terroriste, s’appuyant partout sur des supplétifs directement issus des mouvances terroristes, l’UE et ses dirigeants politiques se refusent à reconnaître qu’elle n’est plus notre alliée mais un ennemi de l’Europe et devrait enfin admettre qu’il serait opportun et légitime d’annoncer la fin des négociations sur son adhésion à l’institution européenne.

Le 14 novembre 2020

Cellule de veille/aletre VPF

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