La chasse à courre

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Cela fait pratiquement soixante que je chasse à courre, soit sur le terrain, soit à travers des livres ou des œuvres d’art. La vénerie ou l’art de forcer un animal avec des chiens courants est pratiquée depuis la nuit des temps, quand la domestication des chiens qui descendent du loup fut accomplie ; la vénerie, qui en est une ramification, fut un art spécifiquement français codifiée Moyen Âge (cf. le Livre de chasse de Gaston Phébus) et en ce sens est unique au monde. Elle fait partie de nos traditions et a irrigué toute notre littérature en passant par les arts picturaux et la musique. A ce titre elle doit être défendue et mériterait de figurer au patrimoine de l’UNESCO. Et si le mot patrimoine est issu du latin patrimonium, c’est-à-dire, l’héritage ; le bien de famille transmis, il faut aussi en intégrer l’acception qu’en a faite François Puthod de Maison-rouge, en 1791 devant l’Assemblée nationale « L’orgueil de voir un patrimoine de famille devenir un patrimoine national… ».   

Actuellement nous assistons, en France, à une contestation violente de « l’ancien monde » avec son sens de l’ordre esthétique, de la hiérarchisation des valeurs, du respect pour la mystique, de l’intérêt pour la science tempérée par le discernement, un désir de liberté ouvert sur la tolérance etc. à telle enseigne que si, les équipages de vénerie sont en plein essor avec un effectif global de près de 390, les veneurs, proches des grands centres urbains, sont l’objet d’agressions tant verbales que physiques inqualifiables allant jusqu’au non-respect du droit ; et je tenais ainsi à fustiger à partir d’un cas particulier, son extension à une attitude  générale tendant à se banaliser.

Pourquoi cet acharnement bête et méchant à vouloir faire supprimer la chasse à courre ?

Être à cheval ou à pied, pleinement occupé à déchiffrer le travail de ses chiens vénérés (avec un jeu de mot voulu) en bordure d’une plaine ou à écouter leur bien-aller au loin dans la forêt profonde : c’est être en phase avec le cosmos ; c’est participer au mystère de la vie et de la mort ; c’est goûter au bonheur d’exister ; c’est être fier de poursuivre les traditions centenaires de la vénerie dans le maintien de toutes ses règles et codifications. Un laisser-courre est un miroir de notre destinée, avec son débordement d’émotions, sa recherche quasiment mystique d’un graal à partir de voies qui sont autant de pistes pour nous interroger sur notre capacité à percer les mystères de la nature. C’est un acte profondément écologique, fait de passions d’amour et d’exercices du doute et non pas de passions de haine ou d’expressions idéologiques. Aimer les biotopes, les animaux, les chiens, c’est aimer aussi les êtres humains dans leurs symbioses métaphysiques avec leur terre nourricière

Or aujourd’hui, venant de petits groupes de contestataires forcenés, les veneurs assistent dans une grande tristesse et une exaspération bien compréhensible à des actes inqualifiables les concernant : crevaisons de pneus de voiture, mouvements de brutalité à l’égard des chevaux et de leurs cavaliers, tentatives de fausser le travail des chiens et le bon déroulement de la chasse et autres menaces ou entraves au libre exercice des laisser-courre, autorisés dans le cadre de la loi et des réglementations les concernant. En excluant tout acte malfaisant relevant de la pure méchanceté bête et gratuite, exacerbée par des sentiments de jalousie, ces agressions tant physiques que verbales semblent plutôt relever à la fois autant d’une méconnaissance délibérée de la pratique de la chasse aux chiens courants que d’une « pseudo-religion » faite d’intolérances dogmatiques et de croyances se voulant éthiques, reposant sur l’empathie et la compassion envers les animaux à la limite de l’anthropomorphisme.

En réalité ces rebelles hors-la-loi se trompent de combat. Ils feraient mieux de se préoccuper des graves dangers qui menacent le monde animal comme le braconnage, l’abus des pesticides, la destruction des habitats naturels, entre autres, ou celui encore tabou de l’implantation délirante de ces moulins de béton, de ferraille, de carbone et de métaux rares que sont les éoliennes. M. Fabien Bouclé, dans son livre « Éoliennes – La face noire de la transition écologiques » au chapitre 4 parle savamment de cette entreprise de destruction massive des oiseaux, des mammifères et des insectes dont ils se nourrissent. Ces monstres indestructibles produisent en effet des sons inaudibles, inférieurs à 20 Hz, appelés infrasons dont les conséquences néfastes sur la santé animale, et même humaine, ont été démontrées par de nombreuses études internationales. J’en ai fait concrètement l’expérience par la perturbation immédiate appréhendable du comportement des chiens et de l’animal chassé, en l’occurrence un lièvre étant passé au pied d’un de ces nouveaux maudits moulins à vent…

En revanche il faut souligner le caractère vertueux de ce que les anciens, en remontant jusqu’aux Grecs, appelaient la chasse à force et qui a le mérite d’entretenir la forme de tous les protagonistes : hommes, chiens, chevaux et même gibiers (et aussi d’en réguler les populations en absence de prédateurs disparus) ; le philosophe Blaise Pascal n’affirmait-il pas que les hommes « ne se connaissent pas eux-mêmes. Ils ne savent pas que ce n’est que la chasse et non la prise qu’ils recherchent…en tant « qu’une occupation violente et impétueuse qui les détournent de penser à soi… et aux misères (qui l’entourent) » ? Un certain auteur cynégétique allait même plus loin en affirmant que, par la pratique de ce divertissement, « l’homme en oubliait de mourir ». A cela on pourrait ajouter l’entretien de races de chiens, qui auraient depuis longtemps disparues, si « le noble déduit » (comme certains écrivains qualifient la vénerie) n’avait pas acquis à travers les révolutions de toutes sortes un certain caractère d’intemporalité. Enfin dernier argument, mais non le moindre, ce ne sont pas « les abolitionnistes de la vénerie » qui contribuent au maintien du gibier, mais les chasseurs et les veneurs, dont ils font partie, en payant de lourdes redevances de chasse et en indemnisant les propriétaires victimes des dégâts de la faune, encore sauvage…

Patrick VERRO,VPF Ile de France

auteur de sept livres sur la vénerie, dont « A cors et écrits : Anthologie littéraire de la chasse aux chiens courants, de l’Antiquité à nos jours ». 

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