Ivan Blot

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Ce lundi soir, 15 octobre, sur Radio Courtoisie, émission spéciale hommage à Ivan Blot à 19 H 30 jusqu’à 21 H 00, émission de Dominique Paoli avec Jean Yves le Gallou, l’Abbé Laurens et Nicolas Stoquer.

 

Ivan Blot

Ivan Blot tenait du philosophe et du politique sans qu’il soit possible de trancher avec certitude entre les deux, la société politique dans laquelle il a vécu ayant évacuée et l’un et l’autre, cantonnant ce type de personnalité dans les statuts intermédiaire d’intellectuel dans la sphère de la pensée et de haut-fonctionnaire dans celle de l’Etat. Ivan Blot n’en était pas pour autant nostalgique de ces temps qui fabriquaient des géants, il ne s’est jamais imaginé conseillant le maître du Kremlin à Valdaï comme Platon le tyran de Syracuse, pas plus que cadre du parti gaulliste et protégé de Marie-France Garaud avec la destinée de Marc Aurèle.

Ivan Blot était bien plus moderne qu’on ne peut l’imaginer, tirant du passé des armes pour l’action présente et un éclairage pour l’avenir.

Ce n’était pas tant lui qui n’aimait pas son époque que cette dernière qui n’en voulait pas, le tenant aux marges du pouvoir malgré son passage à l’ENA (Promotion Rabelais) et dans les arcanes d’un parti longtemps de gouvernement. Et c’est au moment où le grand projet révolutionnaire d’abaisser ce qui est le plus haut et d’élever ce qu’il y a de plus bas atteint si l’on peut dire des sommets inégalés et indépassables qu’Ivan Blot décide finalement de tirer sa révérence. Et c’est un ultime pied de nez réciproque entre lui et ce monde finissant que de voir se tenir mercredi 17 octobre à 10 H 00 la messe d’adieu à Ivan dans cette église de Saint-Germain l’Auxerrois du 1er arrondissement de Paris qui fait face à la porte Sud-est du Palais du Louvre, cette église des rois, du pouvoir politique de l’ancien Régime qui fut aussi celle des artistes…

Plutôt que de ruminer à perpétuité sur l’ingratitude suicidaire d’une société pour ses plus brillants sujets et néanmoins enfants légitimes ou s’adonner aux délices un peu artificiels de l’uchronie rétrograde, interrogeons nous sur ce qui a fait la spécificité d’Ivan Blot, intellectuel né après-guerre, esprit profondément original qui a fortement contribué aux renouvellements de la pensée à droite à partir des années 70, c’est à dire une fois l’esprit de 68 déjà manifesté et le gaullisme authentique entré dans l’Histoire.

Et d’abord Ivan Blot a voué un culte généreux à l’intelligence. Pas à l’intelligence purement rationnelle ou encore à l’intelligence artificielle et profondément bornée, pas un culte à la raison mais au Logos des grecs donc aux idées éternelles et aux archétypes. Et comme tout être profondément intelligent, il n’était ni sectaire ni idéologue fétichiste. De sa Grèce antique, il appréciait autant le siècle de Périclès qu’Héraclite ou Aristote. Il aurait peut-être préféré Hippocrate à Pythagore, le culte officiel des dieux d’Athènes aux religions à mystère, la fille de Zeus, Athéna, à la sœur du dieu des dieux, Déméter, mais il n’en faisait pas pour autant « des tonnes » opposant comme certains systématiquement Platon et Aristote ou plus tard Augustin et Thomas d’Aquin. Il se revendiquait certes descendant d’Athéna, la déesse à l’intelligence rusée, la Mètis, comme le renard, son animal Totem, celui des spartiates plus que celui d’Orphée…

Son agilité intellectuelle lui donnait plus de proximité avec les systèmes trinitaires qu’avec les pesanteurs du dualisme et de la gnose. Avant d’être helléno-chrétien bien plus que judéo-chrétien, il avait étudié dés le GRECE (Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne) et aux origines du Club de l’Horloge, cercle d’intellectuels et d’énarques, les fonctions tripartites indo-européennes chères à Georges Dumézil. Il appliqua à tous les systémes de pensée qu’il bâtit cette analyse tout comme la théorie aristotélicienne de la causalité ou le quadriparti (Geviert, quadrature de l’être) d’Heidegger. Il lisait le philosophe allemand dans le texte mais avait un talent proprement stupéfiant de vulgariser ce génial auteur et de le mettre à la portée de tous ou presque…

Ivan Blot avait l’intelligence entière des passionnés du Logos, ce qui avait deux conséquences non négligeables dans l’articulation de son œuvre et de sa pensée. D’abord il n’hésitait pas à utiliser les concepts clés qu’il jugeait efficient comme moyen d’interprétation de la réalité dans une multitude de domaine très différents les uns des autres : Ainsi des fonctions tripartites (Du choix de Parîs aux trois cerveaux de l’homme en passant par Saint Georges et l’attelage de l’âme de Socrate) ou de la théorie des causes d’Aristote (Dont il se sert même pour analyser le fonctionnement du ministère de l’intérieur où il était chargé de missions d’inspection et d’anti-terrorisme). Ensuite, sa passion pour l’antiquité ne le quittera jamais, son gout pour la démocratie directe (Démocratie athénienne des temps modernes ?) ou la Russie de Poutine (Troisième Rome) n’étant jusqu’à un certain point que des métamorphoses de sa pensée originelle. Et cette entièreté du personnage et de la pensée le conduisait à ne vivre et à faire vivre son entourage qu’autour de ces idées forces. L’agnostique tenté par le paganisme devient chrétien catholique et puis presque orthodoxe mais restera toute sa vie un Hellène dans l’âme. Il passait sa vie en Russie ces dernières années avant que la maladie ne le frappe. Pour les colloques internationaux mais aussi pour les vacances…

Philosophe de l’être comme son maître Heidegger et son ami Jean-François Mattei, dénonçant le Gestell, attendant l’Ereignis comme les chrétiens l’épiphanie et la Jérusalem céleste, ce berger de l’être dans un monde d’avoir, ce veilleur de nuit avait un certain penchant pour les militaires. Ordonné et méthodique, il avait compris que la violence se devait d’être légitime si nous ne voulions pas qu’elle nous échappe dans la barbarie et finalement dans la guerre civile. Définitivement déçu des partis et du système électoral (Il fut tout de même député national dés 1986, député européen ensuite, son encrage local le destinant au Calaisis), successivement élu RPR puis FN avant de suivre son ami Bruno Mégret sans jamais rompre avec Jean-Marie Le Pen, il devint co-président avec le Général Antoine Martinez des Volontaires pour la France. Profondément européen dans sa culture et son identité, il rejetait de toutes ses forces cette Union Européenne de Bruxelles qu’il apparentait à son adversaire de toujours, le communisme et le collectivisme. Il aimait d’autant plus cette Russie de Poutine qu’elle avait rompu avec le système concentrationnaire soviétique. Il savait bien que le combat qui venait serait tellement radical, touchant aux valeurs si fondamentales de souveraineté et de puissance, attisant une redoutable nouvelle lutte des classes, qu’il n’y aurait plus la place, pour un temps tout du moins, pour l’intelligence, la nuance et la subtilité, c’est à dire au fond tout ce qu’il était. Après l’avoir, après l’être, le devenir… Son nouveau programme pour l’éternité !

 

Nicolas Stoquer

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