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Hommage à Ivan BLOT

Mercredi 17 octobre 2018

Cher Ivan,

Nous voici réunis, ton épouse Cendrine, tes enfants Delphine et Franck, ta famille, tes amis, pour t’accompagner un bout de chemin vers ta dernière demeure où nous te confierons dans quelques instants à ceux qui t’attendent et que tu rejoins.

Je sais que tu as toujours éprouvé un grand respect, voire une certaine admiration pour le militaire et ce d’autant plus que ton père était officier de marine, engagé dans la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier a représenté à n’en pas douter – il suffisait de t’écouter lorsque tu l’évoquais – l’un de tes héros à qui tu vouais un véritable culte. D’ailleurs, ce père, ce héros, présent sur un tableau accroché à l’un des murs du domicile familial apparaît sur la toile, en uniforme et semble, dans une pose à la fois altière et bienveillante, montrer le chemin du devoir. Peut-être est-il, en fin de compte, à l’origine de ta carrière et de ton engagement constant pour la défense de notre patrie et de notre civilisation.

Tu vas donc le rejoindre aujourd’hui, nous laissant là, temporairement, de l’autre côté du chemin avec ce sentiment de tristesse et de peine qui caractérise toute séparation.

Il est en effet toujours douloureux de réaliser qu’un ami vient de nous quitter. La mort a quelque chose d’insupportable. C’est un vide qui survient soudainement, c’est un manque qui s’installe dans notre propre existence. C’est ce que nous éprouvons tous aujourd’hui. Tu vas nous manquer terriblement.

La mort n’est pas un sujet auquel nous pensons volontiers. La plupart du temps, nous avons tendance à faire comme si cette réalité n’existait pas ou ne nous concernait pas. Pourtant, c’est une question qui nous touche tous directement. Nous sommes vivants, alors nous sommes voués à mourir tôt ou tard.

C’est un des paradoxes les plus troublants de notre existence et probablement la réalité la plus révoltante qui soit. Nous recevons cette vie dont la durée est limitée mais inconnue et dont la fin est inéluctable. Cependant, pour un chrétien, la mort ce n’est pas la fin. Et nous sommes ici dans la maison de Dieu,.dans cette église de Saint-Germain l’Auxerrois, chargée d’histoire qui nous rappelle nos racines, cette église qui fut, face au Palais du Louvre, l’église des rois, du pouvoir politique de l’Ancien régime. Cela dit se savoir mortel est probablement ce qui fait la grandeur de l’Homme qui, face à sa condition, sait trouver et donner un sens à sa vie. C’est précisément ce que tu as su faire avec brio, cher Ivan.

Pour nous, tes compagnons de route, récents ou plus anciens, qui t’avons connu, tu as su, au-delà et bien au-delà de ta vie politique et familiale, te mettre au service d’une cause noble et juste en servant l’Etat et la nation, en servant jusqu’à ton dernier souffle cette France, cette patrie charnelle que nous aimons et qui aujourd’hui te rend hommage et te dit merci.

Chacun de nous perd aujourd’hui un ami, mais ta disparition constitue également une perte dramatique pour beaucoup de Français attachés à la défense et à l’affirmation de notre héritage historique, spirituel et culturel, un combat que tu as mené obstinément et avec conviction, toi qui tenais à la fois du politique et du philosophe. Car au-delà de ton expérience politique riche, tu étais un homme de grande culture, érudit, attaché à la culture grecque, un intellectuel combattant sans relâche pour notre patrie et notre civilisation. Autant de qualités qui ont conduit nos compagnons des Volontaires Pour la France à te solliciter pour prendre la coprésidence de cette jeune organisation, ce que tu as accepté avec enthousiasme.

C’est pourquoi nous te témoignons toute notre gratitude et notre admiration, gratitude et admiration d’autant plus méritées que jusqu’au bout tu as voulu alerter sur les menaces qui pèsent sur les peuples européens et en particulier sur le peuple français. Et le dernier des articles écrits sur ton lit d’hôpital témoigne de ce qu’a été ta vie consacrée à la défense et à l’illustration des peuples européens et de leur culture. Nous en retiendrons une phrase terrible à l’adresse de nos élites politiques et en particulier à ceux qui ont exercé hier et à ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir :

« Les individualistes occidentaux ignorent le collectif et la notion de capital culturel ou social. Pour eux, l’individu né orphelin n’a pas d’enfants et reste célibataire ! Les notions de famille, de nation sont ignorées ! Les gouvernements individualistes sont donc indifférents à la disparition de leur peuple. Ils sont coupables de génocide par indifférence ! ».

Le constat est effarant et nous impose donc de poursuivre le combat qui était le tien, ce combat qui est le nôtre. Car il n’y a pas de fatalité, pas de déterminisme, pas de sens de l’Histoire. Seuls les combats qu’on ne mène pas sont définitivement perdus. Rien n’est impossible à condition qu’une volonté se manifeste car s’il y a une volonté, il y a nécessairement un chemin. C’est celui que tu nous a montré dans l’un de tes ouvrages, « L’homme héroïque ».

Cher Ivan, tu vas nous manquer terriblement. Aujourd’hui, rassemblés autour de ton cercueil, nous sommes accablés, effondrés et nous te pleurons. Mais tu rejoins à présent ceux qui t’attendent, ceux qui t’ont aimé, tes parents et en particulier ton père qui doit être fier de toi, ce père qui était ton héros et qui t’a montré le chemin. Alors, au moment de nous quitter faut-il vraiment te dire adieu ou simplement au revoir ? Tout ce que nous savons c’est ce que tu nous dirais probablement :

«Le fil n’est pas coupé.

La mort n’est rien.

Je suis seulement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.

Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours.

Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné.

Parlez de moi comme vous l’avez toujours fait.
N’employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.

Que mon nom soit prononcé comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.

La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié.
Elle est ce qu’elle a toujours été.

Le fil n’est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je vous attends.

Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien ».

Alors, cher Ivan, comme tu n’es pas loin, juste de l’autre côté du chemin, ton épouse, tes enfants, ta famille, tes amis ici réunis te disent au revoir.

Général Antoine MARTINEZ

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