Propos sur l’égalité de l’homme et de la femme, par Luc Kérog

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Egalité de l’homme et de la femme
Sacha Guitry, qui connaissait bien les femmes pour en avoir épousé cinq, défendait l’idée que celles-ci étaient peut-être supérieures aux hommes tant qu’elles ne cherchaient pas à être leurs égales. Ayant épousé la toute première en 1907, on peut imaginer qu’en ce temps-là – pourtant éloigné du nôtre de plus d’un siècle – les femmes occupaient un rang qui ne leur causait aucun souci particulier et leur donnait encore moins l’idée de s’en affranchir. Même si Guitry vivait à Paris et que les mentalités de la Capitale ne se répétaient pas toujours en province, dans certains coins reculés de celle-ci la place de la femme, au foyer comme à la ville, n’en faisait pas une personne de rang inférieur.

Dans les petites communes portuaires de la côte bretonne, j’ai connu des familles – dont la mienne – où c’était les épouses qui tenaient la barre sans que leurs maris y trouvent à redire, quand bien même ces derniers possédaient leur brevet de patron pour tenir, eux, le gouvernail de leurs bateaux avec cinq ou six hommes à bord qui leur obéissaient au doigt et à l’œil. Rentrés à la maison après la marée, c’était souvent à leur tour de se plier aux règles, ou, tout au moins, de faire le dos rond. S’ils traînaient trop au bistrot du coin, les femmes allaient les chercher, parfois sans ménagement comme les bigoudènes décrites dans le succulent ouvrage de Pierre Jakez Hélias, « Le Cheval d’orgueil », adapté au cinéma par Claude Chabrol, où on voit les femmes de marins transporter leurs bonshommes dans des brouettes après leur avoir administré un bon coup sur la tête. Aujourd’hui, cela leur vaudrait de figurer dans les fait divers du journal local : « 300 heures de travaux d’intérêt général pour avoir frappé son mari en portant atteinte à son honneur ». Mais, à l’époque, personne n’aurait eu l’idée de porter l’affaire devant la justice et même les juges auraient préféré en rire.

Si la femme s’habillait comme elle le voulait – il aurait fait beau que l’époux lui demande d’enlever sa coiffe ! – c’était elle, en revanche, qui lui choisissait ses habits quand il devait se mettre en dimanche pour aller à la noce. Il fallait le voir se tenir dans la position que lui imposait son épouse pour vérifier que le costume lui allait, se laisser diriger vers la grande glace du magasin où il n’avait le droit, ni de geindre, ni de rire, le temps de vérifier que la veste ne pendouillait pas aux épaules ou que le pantalon était bien remonté à la taille !

Bretonne Jeanne Gueguen.

Si le mari n’était pas toujours tenu d’accompagner son épouse à l’office du dimanche, il n’était pas dispensé de suivre le Pardon du Saint du Pays où elle veillait à ce qu’il se tienne bien à ses côtés, à la procession comme aux vêpres.

Elle tenait la maison, elle tenait les comptes (parfois même ceux du bateau), elle tenait la conversation, elle tenait son rang, elle tenait à son autonomie de jugement, à ses convictions personnelles et, si l’envie lui venait d’avoir une activité indépendante, elle tenait un café ou une épicerie, sans l’autorisation de personne, en interdisant même à son mari de mettre les pieds derrière le comptoir.

Oh, il devait bien y avoir des hommes qui faisaient un peu peur à leur femme, comme il devait bien exister aussi des épouses qui faisaient un peu honte à leur mari, mais nul n’aurait eu à l’esprit de dénoncer, ici ou là, au regard d’une situation ou d’une autre, une maltraitance de la femme du fait de son époux … Ou alors dans des histoires drôles inventées pour faire rire l’assemblée dans les repas de famille.

Ce petit rappel de la vie quotidienne de nos femmes de la côte, pas si éloignée que cela et qui semblait, à l’époque, s’apparenter à un ordre naturel des choses, me fait douter un peu de l’engagement de certaines organisations féministes d’aujourd’hui, et surtout de leur présentation des faits tendant à nous faire croire que la femme a, de tout temps, subi la dictature de l’homme. En les entendant, de leurs petits coins du cimetière, ma grand-mère et mes grandes tantes doivent en sourire.

A moins que, comme le pensait notre célèbre dramaturge, les femmes nous sont effectivement supérieures – ou l’ont, sans doute, été – avant qu’elles ne cherchent à devenir nos égales.

Luc Kérog VPF 56

 

Note : mon dernier article « Migrations et itinérances » a donné lieu à des commentaires dans lesquels il m’est reproché de prêter à la reine Marie-Antoinette des propos qu’elle n’aurait pas tenus. Elle n’aurait jamais demandé au peuple de Paris, qui se plaignait de manquer de pain, de se rattraper sur les brioches. Il est possible qu’elle n’ait jamais dit cela. Ayant de la sympathie pour la monarchie, c’est sans méchanceté, ni malice, que je les ai rapportés. Certains historiens l’ont pourtant écrit, notant chez Marie-Antoinette, de son vivant, une certaine frivolité dans sa conduite. Mais ces mêmes historiens ont parfois pris soin de souligner ce qui leur a semblé le plus important, à savoir qu’elle avait su mourir en Reine de France. C’est l’essentiel. Sans rancune ?…

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