Education nationale et instruction publique…

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TEXTES DE JEAN SAUNIER ET MIA VOSSEN

 

L’évolution de l’école : Le constat (suite)

par Jean SAUNIER

Trois concepts philosophiques cautionnent et avalisent ces innovations. L’égalitarisme, doctrine de l’égalité totale, professe l’égalité de tous les hommes, sous tous les aspects. L’égalitarisme refuse l’altérité, la différence, la complexité de la vie, et prône l’égalité des chances. Le constructivisme est une théorie de l’apprentissage fondée sur cette idée: la connaissance est élaborée par l’élève ou l’apprenant, grâce à une activité mentale. La théorie repose sur une hypothèse, nous nous construisons, nous construisons notre propre vision du monde en réfléchissant sur nos expériences. Alors, il n’y a pas de lien entre l’acquisition des connaissances et leur transmission. Il n’y a pas de transmission, mais seulement une construction des savoirs.Le pédagogisme met en oeuvre cette idéologie éducative. La pédagogie désigne l’art de l’éducation, les méthodes et pratiques pour transmettre des compétences, des connaissances, un savoir. Le pédagogisme désigne un ensemble de méthodes d’enseignement scolaire qui s’appuient sur les conceptions du constructivisme. Il doit faciliter la construction par l’élève lui-même de ses savoirs. Il a un motif, l’épanouissement de l’enfant. Le pédagogisme rend l’enfant constructeur de son propre savoir, et auteur de son développement. Il discrédite toute autorité éducative et tout apport culturel. Les innovations transforment les méthodes et la pratique de l’enseignement. La pédagogie différenciée tente de répondre à l’hétérogénéité des classes. L’enseignant n’est plus au centre de la classe, il met l’enfant ou l’activité comme intérêt central.

Chaque école ou établissement est tenu de se doter d’un projet. L’élève est placé au centre du système, acteur de ses apprentissages. L’interdisciplinarité et le décloisonnement se substituent au fractionnement des matières. L’approche de l’enseignement se fait autour d’un thème ou d’un projet. L’école, le collège, le lycée deviennent des lieux de vie, des lieux vivants, des espaces de vie où parents et élèves ont leur mot à dire. Le cours magistral, la dictée, le par coeur, l’étude des grands auteurs, l’histoire chronologique, sont remis en cause, voire prohibés. Inutiles, et pas assez intelligents. Dans cet espace lieu de vie, l’aménagement du temps de l’enfant et les rythmes scolaires tiennent une place de plus en plus importante et connaissent plusieurs réformes. Alain Morvan, ancien recteur, juge globalement ces nouvelles dispositions:« On a remplacé une culture élitaire par une culture anti-élitaire qui est franchement élitiste ».

Des lois successives entérinent les innovations pédagogiques. Les ministres se penchent sur l’école, sur le collège, sur le lycée, et proposent des réformes qui appauvrissent toujours un peu plus le contenu des matières principales et introduisent le progressisme sociétal dans l’école.Des questions nouvelles apparaissent et sont autant d’horizons nouveaux pour le système éducatif. La question de l’insertion sociale et professionnelle, la formation tout au long de la vie, l’école hors les murs, supposent une réorganisation des modes d’accès à la connaissance. La montée des revendications musulmanes remet en question le principe de laïcité. La révolution sexuelle donne lieu à deux enseignements nouveaux, la théorie du genre, et l’éducation sexuelle, ou plutôt l’éducation à la sexualité. La théorie du genre explique les différences des rôles masculin et féminin, non par les éléments biologiques, non par la nature, mais par la culture. Il n’y a pas deux genres, masculin et féminin, mais une infinité de genres. Chaque individu peut choisir son genre, selon ses caprices, selon ses envies, selon ses désirs. La théorie du genre ouvre sur l’éducation à la sexualité, et sur la sexualisation des enfants, puisque, selon Alfred Kinsey, chercheur en entomologie,les enfants sont sexualisés à la naissance. En 2016, la Déclaration des Droits Sexuels de la Fédération Internationale du PlanningFamilial, influencée par les directives de l’ONU, est approuvée, et va dans ce sens, Un enfant peut consentir à s’unir à toute personne, peu importe l’âge et l’orientation sexuelle de cette personne.

Deux autres questions nouvelles. Les enjeux de la révolution numérique ont tendance à devenir les enjeux de l’école. Le dogme du transhumanisme, l’évolution de l’Intelligence artificielle, sont introduits dans l’école. Les idéologues du XXIè Siècle triomphent et imposent trois dimensions dans l’école, la logique comptable, la production d’argent et de chiffres aisément manipulables, l’uniformité froide, l’égalité conçue comme un effacement des différences, non comme une acceptation des différences, la soumission inconditionnelle. La masse du peuple méprisé doit obéir sans hésiter à des groupes de pression indéterminés, dont les objectifs sont déterminés. Pour bien endoctriner les enfants, des personnalités extérieures, des associations gèrent des activités. Or, ces intervenants peuvent avoir le discours qui leur convient, au nom de leurs convictions philosophiques ou religieuses, sans aucun contrôle.

L’école ancienne, dont les initiateurs sont Condorcet et Jules Ferry, basée sur l’instruction et la transmission des connaissances, a disparu. Une école nouvelle est née. Une école dont les maîtres à penser sont Robespierre, Paul Langevin, Henri Wallon, Louis Legrand, Philippe Meirieu. Une école basée sur l’éducation et la construction personnelle du savoir. La dualité primaire-secondaire a laissé la place à une école unique, avec des professeurs formés dans un même établissement, l’IUFM, puis l’ESPE. La dualité public-privé s’est éteinte avec la reconnaissance des écoles privées sous contrat, mais laquelle se ranime avec la montée des exigences musulmanes. Des lois successives ont modifié profondément les structures, les méthodes de travail, les méthodes d’enseignement. Les nouveaux pédagogues, les pédagogistes, imposent leur vision de l’école et leur éducation à travers des lunettes idéologiques.

Deux jugements critiques: «  L’école nouvelle, aux mains des idéologues, met en oeuvre cette politique. Cela révèle un sabotage destiné à amputer les gens des moyens cognitifs élémentaires et nécessaires à leur épanouissement, à priver les gens de toute capacité d’expression et de raisonnement ».

« L’éducation est devenue une dispendieuse entreprise d’arasement de la mémoire ethno-culturelle et confessionnelle, destinée à former des zombies ne disposant plus que des quelques centaines de mots utiles à se gaver de séries télévisuelles ».

Et le conseil de Blaise Pascal, (1623-1662) : « Toute notre dignité consiste en la pensée. C’est là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser, voilà le principe de la morale ».

 

Notre enseignement peut être formidable !

par Mia VOSSEN

                                                       

Notre enseignement actuel est lamentable ! Des jeunes de 18 ans, intelligents, sont incapables de lire, de comprendre, d’écrire un texte en français correct, incapables de faire un calcul, un raisonnement, ils n’ont aucune culture mais « connaissent » la géographie du Burkina Faso comme aucun Burkinabè…et j’ai vu un 17/20 en français au-dessus de phrases comme « La justice est toujours rendu à ceux qu’ils font », « On a pas inserre de vrai histoire », « Le banquier à gagner »

L’école est une garderie ; une administration riche en inspecteurs, experts et circulaires qui semble épuiser les moyens mis à sa disposition. Cette réalité est décrite dans le livre Vous allez aimer l’école du professeur Joyeux et du directeur d’école Thierry Fournier. Ils critiquent cette bureaucratie loin des élèves, ils attirent l’attention sur le fait que le rôle de l’école est de transmettre le savoir.

Comme eux, comme tant d’enseignants, je rêve d’une école où les enfants se sentent bien, où des enseignants sont estimés et bien payés, une école où « enseigner » signifie à nouveau « transmettre le savoir ».

Cette transmission a été abandonnée au profit du trop fameux « constructivisme » – reconstruire en 12 ans 12.000 ans de découvertes –  où l’enfant est censé se construire un savoir grâce à sa motivation et les moyens modernes mis à sa disposition… Le résultat est lamentable !

Soyons précis : Il est urgent de mettre fin à l’enseignement « égalitaire de haut niveau » pour revenir à la transmission des BASES de la connaissance à des élèves respectueux d’enseignants motivés… ces enseignants qui fuient actuellement une  école  « carcan – ennui – petits jeux – indiscipline ». Le carcan doit laisser la place à un cadre réel qui laisse liberté et responsabilité dans la transmission des BASES de notre culture.

Une ancienne enquête française a montré que, dans le cadre d’un programme, seuls l’enthousiasme, la liberté du prof étaient garants d’un enseignement de qualité. Bien sûr, la liberté totale du prof est une utopie au même titre que l’ »égalité des chances » qui devait assurer l’ »égalité des résultats »… et qui assure l’ »égalité dans l’ignorance ». Il faut donc rétablir une liberté réelle dans la transmission de savoirs précisés, liberté que les profs n’ont plus !

Admettons que les enfants sont différents, testons-les avant de les diriger, laissons-leur le temps d’apprendre avec l’aide de leurs enseignants comme de leurs condisciples. Des enseignants qui transmettent un savoir peuvent laisser à leurs élèves le temps de se l’approprier avant de vérifier les connaissances acquises. Et tout doit pouvoir être fait en classe car la vraie inégalité des chances se situe de plus en plus au niveau de la « maison » : il y a ceux qui peuvent compter sur les compétences ou l’argent de leurs parents et il y a ceux qui ne peuvent pas… et les inégalités n’ont jamais été aussi grandes que maintenant.  Le travail doit être fait en classe, il doit être noté, notation décisive, car un travail « formatif » où l’élève sait que les points ne comptent pas, n’est  pas motivant ! L’enseignant  doit avoir le droit, la liberté, d’adapter ce travail aux possibilités et aux centres d’intérêt de chaque élève et chaque élève doit être encouragé à progresser.

Il faudrait mettre fin au style « novlangue » de beaucoup de manuels, style que la plupart des profs ne songent pas à clarifier, style  qui mène droit au « par coeur » comme au Moyen Age !

Et je n’ai qu’une conclusion : LIBERTE et RESPONSABILITE à partir d’un programme sensé, « basique ». Le programme sert à transmettre, par étapes logiques, notre culture comme nos savoirs pratiques et scientifiques à nos enfants, enfants  que nous voudrions voir continuer, en l’améliorant, la vie que nos ancêtres ont pris tant de peine à rendre possible !

 

Une vraie école ? Comme en Suisse ?       

par Mia VOSSEN                                     

 

Il y a 2.500 ans, Platon, un des plus grands philosophes de tous les temps, a observé que l’émulation – dans le cadre d’une bonne éducation, d’un bon enseignement – pouvait faire dériver l’agressivité naturelle des jeunes vers l’ambition de se surpasser, de surmonter des épreuves difficiles. L’émulation participe de la vie adulte et l’enfant doit s’y entraîner pour devenir un membre efficace, digne, de sa société.

L’émulation est interdite dans nos écoles ! Les écoles sont devenues des garderies où la bienveillance, l’égalité et donc l’indifférence pour les prestations individuelles, sont la règle. (1) Beaucoup d’entreprises se plaignent du résultat de cet enseignement qui handicape leur fonctionnement . Et on peut se demander s’il ne serait pas utile de s’inspirer du système suisse.

Les parents d’Adrien – 13 ans – s’installent en Suisse. Il vient de passer l’examen d’entrée d’une école genevoise. Ce n’était pas brillant – il a l’excuse de venir du système français – et on lui a expliqué qu’il était « au niveau 1 » de sa classe, qu’il pourra arriver au niveau 2 et puis 3 s’il fait les efforts nécessaires. Adrien est bien décidé à progresser.

Observons qu’en Suisse la sélection pour une filière d’enseignement se fait très tôt – juste après l’école primaire – et que de multiples passerelles permettent de bifurquer en cours de route. Le jeune motivé qui se découvre don et ambition peut donc à tout âge décider de changer de voie. Il lui faudra du courage, l’émulation l’aidera et, quelles que soient les études suivies, il sait qu’il sera respecté : il n’est pas question en Suisse de la chute cran par cran si pénible en Belgique ! Toutes les études demandent de vraies compétences (2), du vrai travail et toutes sont estimées car utiles au pays, toutes assurent la dignité de celui qui les a réussies.

En Suisse, on peut envisager un apprentissage après l’obtention de la « maturité gymnasiale » (l’enseignement général en Belgique) comme on peut envisager des études supérieures après l’apprentissage. Des contrôles sont prévus et on ne risque pas de voir des étudiants rater trois fois de suite la même année parce qu’ils ont cru – ayant réussi les études secondaires – être capables de « tout » réussir. Cette souplesse est remarquable et réussit  à la Suisse.

En Belgique, on a décidé de regrouper tous les élèves commençant le secondaire dans un « tronc commun » identique (3), lit de Procuste des dons des élèves,  avant de leur permettre de faire un choix, choix qui les liera pour le reste de la vie s’ils ne « tombent » pas en cours de route. Ajoutons que la formation professionnelle en Suisse se fait d’office en milieu professionnel alors qu’en Wallonie le CEFA est réservé à ceux qui ont d’abord « tout  raté » à l’école : valorisant !! Quelle différence avec la Suisse où les élèves sont regroupés selon leurs capacités, où ils peuvent se développer, évoluer… changer de canton si cela apporte un avantage : en Suisse l’émulation existe même entre cantons qui organisent librement leur enseignement…

Terminons par une observation générale : en Suisse règne la discipline, discipline acceptée, renforcée par l’émulation. Certains diront que la Suisse n’est pas la Belgique et j’ose répondre : la Belgique a connu la discipline, l’émulation, la dignité – la renommée internationale pour ses techniciens ! – et il n’y a vraiment pas de raison à l’existence de « garderies » qui préparent les jeunes à devenir des adultes frustrés, adultes incités à la facilité, à la tricherie,  et comprenant trop bien qu’ils ne sont pas ce qu’ils auraient pu devenir.

 

(1) Des écoles, comme l’Ecole du Dialogue de John Rizzo, obtiennent des résultats remarquables : chacun peut et doit montrer de quoi il est capable.

(2) Pas de cours « de haut niveau » pour montrer que « tout le monde est capable », cours inutiles que souvent même le prof ne comprend pas….

(3) Tronc commun qui permet un maximum d’économies sous prétexte d’enseignement démocratique… « Le lit de Procuste » était le lit où ce personnage grec mythique couchait ses victimes : celui qui était plus long que le lit était raccourci, celui qui était plus petit était étiré…

 

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