Dossier / École (3/4)

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L’école égalitariste au service du capitalisme financier

Le but de l’école n’est plus la transmission du savoir, mais l’égalité. L’école a pour finalité d’égaliser les enfants et de leur enseigner l’égalité. L’ignorance constitue une composante délibérée du développement de la société post-moderne. D’où une volonté de déculturation et une disposition à l’abrutissement des masses. L’économie politique considère les individus comme des atomes unifiés par le Marché auto-régulateur. Tous pareils, tous les mêmes. Ainsi, les gouvernants politisent l’école, soumettent l’école à l’idéologie mondialiste libérale-libertaire, appliquent les principes égalitaristes, réfutent le savoir au profit de l’urgence pratique et de l’actuel.

La politisation de l’école s’exerce sous forme d’égalitarisme, selon un processus historique et idéologique. L’échec scolaire s’est retrouvé dans tous les pays qui ont appliqué des principes égalitaristes, l’URSS, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Suède. La crise de l’enseignement en France procède d’un phénomène général, l’échec mondial de ces systèmes pédagogiques, quelles que soient la société et la période. On ne trouve aucun exemple de réussite pédagogique s’inspirant de ces fondements. Plus l’égalitarisme est poussé à l’école, plus son échec est grave, et plus profonde est sa remise en cause. 

L’égalitarisme et l’école égalitariste reposent sur une conception erronée de l’homme et de la société. Pendant la scolarité, l’école s’évertuera à façonner l’enfant de telle sorte qu’il s’identifie au modèle humain qu’on lui impose. L’objectif pédagogique est démesuré, l’école devra tout faire, tout apprendre. Ainsi, l’école s’attribue une vocation messianique, et cette vocation cache une tentation totalitaire. L’utopie pédagogique égalitariste masque l’impérialisme social et les intérêts catégoriels de certains. Elle révèle aussi une régression de la fonction enseignante par rapport à l’idéal républicain, la valorisation les talents. Elle concentre ses efforts sur ceux qui ne suivent pas, notamment au moyen de discriminations positives. Dans cette école, il est question de former un « homme total ». Dans ces conditions, l’homme est considéré comme simple produit de son environnement ou simple atome social combinable et interchangeable à volonté. L’école égalitariste prétend créer un homme à son image.

Mais tous les hommes n’ont pas les mêmes potentialités, les mêmes aptitudes, les talents sont multiples et inégalement répartis. L’école ne peut négliger l’hétérogénéité collective, sous peine de gâcher les aptitudes et les talents de chacun. Mais l’homme a une nature culturelle, la culture fournit à l’homme un cadre de disciplines et une armature de principes. L’homme ne peut se passer de normes pour déterminer ses propres actes, c’est à dire pour vivre. Il est indispensable qu’une culture lui soit transmise par l’école. Dans le sens de cette démarche égalitariste, les idéologues détruisent peu à peu les « Humanités », l’histoire, la philosophie, la littérature, les langues anciennes, la géographie. Les Humanités sont particulièrement sensibles aux transformations libérales, capitalisme totalitaire qui intègre les systèmes éducatifs et la culture à sa gestion du monde, infléchissement vers un utilitarisme de toute connaissance, évolution gestionnaire et logique marchande dans le panorama éducatif mondial, règne du management et du modèle d’entreprise, triomphe de l’image, de l’oralité, du virtuel. Les Humanités sont extraites des programmes de scolarisation, et la déshumanisation avance à grands pas. Car il y a un lien entre Humanités et humanisme. Supprimer les Humanités, c’est effacer la pensée, c’est abolir la critique, c’est briser la liberté.

La société moderne a créé un niveau sans précédent d’éducation formelle, et a produit de nouvelles formes d’ignorance. Les progrès de l’inculture concernent la disparition de connaissances indispensables, et le déclin régulier de l’intelligence critique, c’est à dire l’aptitude de l’homme à comprendre dans quel monde il est amené à vivre. Toutes les communautés du monde sont désormais invitées à se plier au règne du paradigme capitaliste. L’hypothèse capitaliste est une variante de la métaphysique du Progrès, commune à tous les idéologues modernistes. Et le mouvement qui transforme l’institution met en place l’École du capitalisme total.

A partir de cette base logistique, les grandes firmes transnationales conduisent la guerre économique mondiale. Les élites mondiales assignent un cahier des charges à l’école. Le système doit conserver un secteur d’excellence et des compétences techniques moyennes. Ces objectifs assignés à l’école supposent une double transformation décisive. D’une part, les enseignants abandonnent leur statut de sujets supposant savoir, endossent le statut d’animateurs. D’autre part, l’Ecole devient un lieu de vie, démocratique et joyeux, un espace ouvert à tous les représentants de la cité, à toutes les marchandises technologiques et « culturelles ». Dans la guerre qu’ils doivent conduire contre les classes populaires, le capitalisme français et la gauche française exploitent tous les lieux communs de Mai 68, les méthodes et les réformes progressistes. Le capitalisme réalise l’utopie qui lui a donné naissance, à savoir l’harmonisation de tous les intérêts humains par la main invisible du marché mondialisé. Les marchés financiers deviennent les principaux ordonnateurs du monde. L’organisation mondiale du divertissement entre dans sa phase industrielle, et la jeunesse est la première cible. Ainsi, l’abandon des contraintes culturelles n’est pas libération, mais retour au chaos primitif de l’homme inadapté. Dans ce contexte, des structures, des principes, des fausses promesses, consolident et renforcent l’école capitaliste.

La loi d’orientation sur l’école de 1989 consacre la victoire du pédagogisme. L’expression « l’élève au centre du système scolaire » traduit un renversement de perspectives en matière d’éducation. Mais la science pédagogique est la science des dupes car la pédagogie ne peut être assimilée à une science. L’enfant est devenu le cobaye des expériences conduites par des démiurges, formateurs demi-dieux qui testent leurs découvertes « géniales ». En fait, selon les instructions du 18 Janvier 1887, « l’éducation n’est pas une science, c’est un art. L’art d’incliner la volonté libre vers le bien ». L’art d’instruire ne peut vraiment atteindre son but que s’il y a transmission de quelque chose, d’un style ou d’une connaissance. La pédagogie de l’école dite nouvelle fait de l’enfant le centre des considérations pédagogiques. D’où un mépris des contenus de l’enseignement. Les termes employés sont d’aujourd’hui, mais l’idéologie qu’ils véhiculent date d’hier, car le maître de cette pédagogie demeure Rousseau. Rousseau qui s’exclame: « Vous n’imaginez pas comment, à 20 ans, Emile peut être docile. Je lui laisse, il est vrai, l’apparence de l’indépendance, mais jamais il ne me fut mieux assujetti ». Emile assujetti, et l’adolescent moderne assujetti ont les mêmes sources. La pédagogie laxiste des libertaires désire éviter « tout traumatisme » aux enfants. Mais le passage qui mène l’enfant vers l’homme ne peut être traversé dans la facilité. Cette mue implique au contraire un effort, un dépassement. 

L’école pédagogiste-gauchiste, soumise à l’idéologie mondialiste, applique les règles du capitalisme et professe le dogme de l’égalitarisme. L’égalitarisme déclare l’égalité absolue de tous les hommes, sous tous les aspects, civil, politique, économique, social. L’égalitarisme annihile l’aspect devoir de l’égalité pour ne retenir que sa composante droits. Ainsi, la bourgeoisie gauchiste renforce ses positions et rend les classes inférieures dociles. Elle substitue un monde d’assistanat à une société entrepreneuriale. En cela, le sabotage de l’école publique est une composante du système égalitariste. Au contraire, l’égalité est facteur de progrès, facteur d’équilibre de la société, facteur de l’état de droit. Elle conditionne une organisation sociale donnant à chacun en fonction de ses mérites. Et l’enseignement de l’égalitarisme passe par l’enseignement de la théorie du genre. Pour les théoriciens, l’identité sexuelle masculine et féminine, appelée genre, serait uniquement le résultat d’une construction sociale. Le corps sexué ne dit rien de notre personne, n’est qu’un simple objet, source de plaisir. Plusieurs vecteurs diffusent cette idéologie à l’école, les cours, les activités, les manuels, les spectacles dans le cadre scolaire, les outils égalité filles-garçons, l’éducation sexuelle.

L’égalitarisme récuse l’émulation, ce sentiment qui pousse à égaler ou surpasser quelqu’un. L’égalitarisme récuse la sélection, cette action de choisir les personnes qui conviennent le mieux pour un travail donné. Mais l’émulation et la sélection existent dans les faits, sournoisement. Depuis 1970, la gauche nivelle, impose, égalise, et exalte le « progrès sociétal », le progressisme. La gauche vide le trésor culturel et moral de la France. Toutes les composantes de la gauche. Enfin, la politisation de l’école s’inscrit dans le cadre du capitalisme financier triomphant. Cette politisation ne propose qu’un seul modèle, le modèle néo libéral-libertaire et mondialiste. La politisation de l’école implique une adaptation au monde commercial et technologique. Ainsi, l’idée que la connaissance n’a plus d’importance est le plus grand mythe des pédagogistes. Il faut adapter l’éducation à l’économie, comme si l’économie et le capital devaient régenter l’école. La politisation fait que l’Education Nationale ressemble à l’URSS des années 1950-1980. Les réformes sont la maladie infantile de l’école capitaliste.Toutefois, ne nous méprenons pas. L’égalitarisme s’exerce aux dépens des enfants issus du peuple, et profite aux enfants issus de la haute bourgeoise capitaliste. Bourdieu n’a pas éradiqué la reproduction de classe, il l’a amplifiée. Le formatage est tel que de nombreux Français ne comprennent pas les dérives totalitaires et les enjeux du mondialisme.

La « modernisation » de l’école a des sources idéologiques, le mondialisme, le néo libéralisme. Cette idéologie n’a rien à faire de l’instruction, de la culture, du raisonnement, de la morale, de l’esprit critique. Elle vise à éduquer la jeunesse, à former une jeunesse déculturée, malléable, flexible, soumise. Elle prépare aux métiers du commerce, de la finance et de la technique. L’école est transformée en un lieu de vie propice à ce façonnement.Tout se conjugue pour servir le même objectif mondialiste, libéral libertaire. L’école gauchisée
est bien devenue une école capitaliste. Et la gauche, les quatre gauches, le libéralisme, le socialisme, le marxisme, le gauchisme, s’accommodent fort bien du capitalisme financier triomphant. Le but final est de recomposer l’humanité au moyen d’une culture massifiée et exempte de toute attache identitaire, au moyen d’un retour à l’état de nature, à la Tradition primordiale, dans l’asservissement.

Jean SAUNIER

VPF Franche Comté

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