Billet d’humeur : Harkis, la réalité.

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Harkis. La réalité : notre président, après avoir rendu hommage à un traître, octroie quelques légions d’honneur à des harkis survivants. Ce nouvel « en même temps » ne fait pas compte. Ce n’est pas justice. Le chef d’état, chef des armées, doit choisir les siens contre les autres.

M. Hollande avait reconnu la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis après les funestes accords d’Evian qui ont officiellement mis fin à la guerre d’Algérie. Evidemment c’est le souci électoral qui avait inspiré cette annonce

J’avais à l’époque relevé une incohérence et un oubli dans cette décision. Comment peut-on regretter la responsabilité française dans des faits dont la cause initiale, les accords signés le 19 mars 1962, ont été commémorés par le même Hollande en 2015? Une fois de plus on a déploré les conséquences de faits que l’on vénère par ailleurs. Rappelons que le 19 mars est fêté comme une victoire en Algérie. Depuis quand commémore t-on la victoire de l’ennemi?

L’application des accords n’impliquait pas nécessairement les excès qui ont suivi et abouti au massacre de dizaines de milliers de nos frères d’arme.

On a laissé massacrer sous nos yeux ceux qui avaient été nos camarades de combat. Et qu’on ne dise pas que l’on ne pouvait rien faire. Le point 4 de l’ordre du jour du général Ailleret, qui visait justement à empêcher ces exactions, n’a jamais été exécuté par l’armée française. Nous avions pourtant encore là-bas une armée de près de 400.000 hommes qui sont restés l’arme au pied, empêchés d’agir par les ordres indignes reçus du plus illustre de ses membres, le général de Gaulle, dont la responsabilité dans cette horreur et cette honte est écrasante.

Savez-vous que les jeunes officiers et sous-officiers qui encadraient les harkis, qu’ils regardaient dans les yeux tous les jours, qui courraient tous les risques avec eux, ont été contraints de les désarmer et de les laisser sur place, abandonnés aux représailles ? Et cela après avoir été exhortés à « s’engager au nom de la France », toujours par le même. Savez-vous que la minorité de harkis, et leurs familles, qui ont finalement pu être rapatriés (le mot est tout à fait adapté), l’a été grâce à la désobéissance d’officiers français qui, dans le désordre ambiant, ont réussi à les faire embarquer plus ou moins clandestinement ? Savez-vous qu’un grand nombre, à peine posé le pied sur le sol métropolitain, a été renvoyé en Algérie par le gouvernement français ? Ceux que l’on a finalement tolérés ont été parqués, parfois pendant des dizaines d’années, dans des camps insalubres qu’on n’oserait pas proposer aux fichés « S » actuels. Et il ne faut pas oublier que dans cet immobilisme criminel on a aussi regardé ailleurs quand c’était des civils, Pieds- Noirs et Musulmans, qui étaient massacrés. La faute est inexpiable. Il faut dire que nous avions déjà « fait le coup », à une moindre échelle, en Indochine. Mais là au moins nous avions l’excuse de la défaite.

J’étais là-bas comme beaucoup; mais je n’ai pas été impliqué directement personnellement. Je vis cependant encore, si longtemps après, dans mon cœur et mon esprit, les affres de ceux qui ont dû subir ça ou assister à ça. Je suis âgé. Malgré la distance dans le temps, je ne peux m’empêcher d’y penser avec émotion. Nous avons abandonné les seuls envers qui nous avions une ardente obligation de secours. Quand les survivants ou leurs descendants assistent à l’invasion que nous subissons maintenant sans combat, ils doivent se demander s’ils ont alors fait le bon choix.

Une certaine amertume me vient quand j’entends parler de l’honneur de la France ; parfois je me dis qu’il est heureux que ce soit un honneur qui repousse.

Général (2S) Roland DUBOIS

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