Billet d’humeur du Général DUBOIS

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Covid 19 : le jour d’après

La France, l’Europe, le monde même sont entrés en léthargie. Seules les fonctions de base de nos sociétés sont assurées. Il ne s’agit plus que d’assurer la survie pendant la durée de l’hibernation. Le renouveau n’est attendu qu’avec la fin de l’épidémie qui nous frappe.

Mais quel renouveau ? On nous dit déjà que « rien ne sera plus comme avant ». Comme si les peuples soudain rendus lucides par le malheur allaient découvrir l’erreur dans laquelle ils étaient et s’amender afin d’éviter à l’avenir la survenance de tels événements. Les adeptes du gouvernement mondial, avec Jacques Attali, croient voir dans ces événements une confirmation de leur croyance en une tutelle universelle salvatrice pour le genre humain et qui saurait mieux que les états ce qui est bon pour lui. Les écologistes, à la limite de faire croire que la calamité est une punition quasi divine aux offenses faites à la nature, cherchent à convaincre que la résurrection ne peut venir que d’un changement complet d’une société exsangue dont tous les efforts désormais devraient tendre à « verdir » ses activités, même au prix d’un bond en arrière rendu inévitable par la décroissance qui s’annonce. Restent les catholiques intermittents qui prient car ils se souviennent de Dieu seulement quand la calamité survient.

Les faits sont plus simples. Nous subissons une calamité comme le monde en a toujours réservé aux pauvres humains. Les épidémies jalonnent l’histoire humaine, comme les guerres et les cataclysmes naturels. Concernant l’épidémie actuelle, ce qui est surprenant c’est moins son occurrence que l’état d’impréparation dans lequel elle nous a trouvés malgré les connaissances scientifiques et les capacités que le monde moderne met à notre disposition.

L’amateurisme, que M. Macron exalte auprès des députés LREM, a frappé une fois de plus. La jeunesse n’est pas toujours une vertu chez les gouvernants ; par nature il lui manque l’expérience et, trop souvent de nos jours, l’éducation civique et la culture historique que notre enseignement soixante-huitard n’a pas voulu leur donner. Sachant mal d’où ils viennent, comment voulez-vous qu’ils sachent où ils vont ?

Se sont joints le mensonge et le mépris vis-à-vis du peuple à qui, pendant des semaines, politiques, et souvent médecins ce qui est plus surprenant, ont parlé comme s’il avait quatre ans, proférant des énormités défiant tout bon sens. D’abord, il ne s’agit que d’une gripette, puis on nous assure que nous sommes prêts, pas comme ces pauvres Italiens, si mal équipés. Il n’y a pas de masque ? Ça tombe bien, ça ne sert à rien ; et même ça peut être nuisible ; donc plus de deux milliards d’Asiatiques se trompent. Pas de tests en quantité suffisante ?  C’est une mauvaise méthode de vouloir tester tout le monde. La lâcheté a fait le reste : Mme Buzyn, ex-ministre de la santé, a avoué qu’elle était consciente du péril dès le mois de janvier, qu’elle en a averti, en vain, le président et le premier ministre ; mais cela ne l’a pas empêchée d’abandonner un ministère vital au moment où la tempête approchait. Cela, en d’autres milieux, s’appelle abandon de poste et c’est sévèrement puni.

Toutes ces erreurs, et la gouvernance à la godille depuis, rendent indiscernables les conditions dans lesquelles on va pouvoir sortir du confinement imposé depuis quatre semaines et désormais prolongé de quatre, au minimum ; comme au moyen âge. Ceux qui ne savent pas ce que c’est osent affirmer avec notre président que nous sommes en guerre, comme si le bilan des victimes était comparable à celui de la « der des der » : 1000 morts par jour pendant quatre ans. M. Macron plagie Clémenceau : « ils ont des droits sur nous » en parlant des « soignants ». On parle de plan Marshall pour l’avenir immédiat. Il ne manque que la comparaison avec Churchill, « du sang, de la sueur et des larmes » pour que soit campé le décor infernal mettant en valeur le chef que la France s’est donnée.

Est révélée la grande fragilité de notre société qui ne supporte plus d’avoir mal. L’anxiété est aggravée par la bouillie verbale répétitive des discours présidentiels où en 30 minutes on nous apprend ce qui pouvait être dit en 10 par un autre.

Que se passera t-il le 11 mai ? Le peu que le président a dit le 13 avril a été édulcoré dès le 14 par ses ministres ; fin du confinement le 11 mai ? Oui, si tout va bien, si les Français sont sages ; réouverture des écoles ? Oui, mais progressivement, si les conditions locales le permettent, peut-être pour les volontaires seulement. Ah, aussi ! Ne pas oublier d’annuler massivement la dette des pays africains, aux populations très pauvres mais aux dirigeants très riches qui eux ne semblent pas sollicités.

 En tout cas, je ne crois pas un instant que les ruines économiques serviront de socle à une réorientation de notre façon de vivre que certains espèrent, voyant presque dans le désastre une chance inespérée de repartir sur un pied qu’ils espèrent meilleur. De tels bouleversements demanderaient d’ailleurs du temps et beaucoup d’argent. On va d’abord, de façon pragmatique, et c’est bien naturel, chercher à retrouver la situation « ante » et à sauvegarder son niveau de vie. Même nos jeunes si écolos ne vont pas sacrifier leur portable pour sauver le climat.

Ce que je crains davantage c’est que l’avalanche de milliards sortis de nulle part en un claquement de doigts rende inaudibles les exhortations à réformer un état obèse, dispendieux et souvent injuste. Qui osera reprendre des négociations  interminables dans le but d’économiser quelques petits milliards ? Qui osera chipoter sur les dépenses publiques ? Les efforts qu’il faudra incontestablement faire pour pallier des insuffisances criantes en matière de santé, mais pas que là, serviront d’alibi pour faire oublier la gabegie générale. Le simple souci d’économie apparaitra comme un crime de lèse-fonction publique. A la trappe les réductions d’effectifs là où c’est possible, les doublons d’emploi, de structures administratives, la réforme des retraites, l’augmentation du temps réel de travail. On nous dira que ce qu’il vient de se passer prouve qu’il faut plus d’état ; partout.

Alors que ce qu’il faut surtout c’est un état fort, qui commande vraiment, ce qui ne veut pas dire omniprésent, un état qui fixe des priorités. En ce moment bien sûr ce sont les services de santé qui sont sur le devant de la scène. Mais n’oublions pas que nos problèmes majeurs d’immigration et de sécurité intérieure et extérieure sont toujours là. Et que c’est de nos faiblesses dans ces domaines que viendront, si nous n’y prenons garde, les hécatombes à venir.

 

Général (2S) Roland DUBOIS

VPF Ile de France

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