Bas les masques !

Le partage est disponible

« C’est ahurissant, on ne pensait pas que les stocks de l’Etat étaient si bas » s’indigna le président du syndicat des biologistes (SDB), François Blanchecotte. « Nous n’avons pas assez de masques pour travailler correctement. Certains d’entre nous avaient stocké des masques du temps du H1N1, mais ils étaient périmés. »

« C’est une faute professionnelle grave » estima Jean-Paul Hamon, le président de la Fédération des médecins de France (FMF). « Au début de la crise, le ministère nous a dit qu’ils étaient prêts, qu’il y avait des stocks d’Etat. Or, on a réalisé ces dernières semaines que c’était faux. Il n’est pas acceptable d’envoyer des soignants « au casse-pipe » sans aucune protection. Cette administration qui nous impose des procédures souvent contraignantes est incapable de protéger correctement les professionnels de santé qui vont prendre en charge les patients dans cette épidémie. Il faudra une commission d’enquête parlementaire pour que des têtes tombent. »

« J’ai le sentiment que collectivement on a baissé la garde » avait surenchéri l’ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. « Et pas seulement pour des raisons budgétaires. On a jugé qu’on pourrait faire face à ce risque de pandémie par la mobilisation de moyens divers. On s’est dit: on n’a plus besoin de stocker des masques parce que la Chine est l’atelier du monde, s’il arrive quelque chose, on sera en flux tendu, la Chine nous livrera des masques. Sauf que la Chine ne pouvait plus nous en livrer et on s’est retrouvé à « à poil », si vous me passez l’expression. » 

Il n’aura fallu que 8h17 pour tenter d’élucider la pénurie de masques, la pagaille de leur gestion catastrophique lors cette épidémie, tant  les divers protagonistes orchestraient la cacophonie pour faire diversion. Il ressort du visionnage des quatre première auditions de la commission d’enquête de l’Assemblée.que les convoqués ont tout fait pour balader les députés et  éluder les questions fâcheuses, à commencer par l’invraisemblable show de Jérôme Salomon (3h46 mn), ex conseiller Sécurité sanitaire de Marisol Touraine, actuel directeur général de la Santé, roi de l’esquive. L’un des assassins présumés… (https://volontaires-france.fr/jerome-salomon-face-a-la-commission-denquete/)

C’est une accumulations d’erreurs graves, de stratégies insensées et d’inacceptables défauts d’anticipation  qui a fait partir le gouvernement dans tous les sens, avec de très inquiétantes improvisations quotidiennes. Chaque ministre ou responsable nous servant des discours mensongers, stupides et contradictoires, qui pourraient prêter à rire si le Coronavirus et le manque de matériel n’avait pas tué 30 000 personnes, générant d’innombrables malades dont beaucoup de soignants et de graves dégâts collatéraux.

« Anticiper, comprendre et agir », avec  Santé publique France,  établissement public sous tutelle du ministère de la Santé, nous aurions pu nous croire bien protégés. En tant qu’agence scientifique et d’expertise du champ sanitaire, Santé publique France a en charge :

  • l’observation épidémiologique et la surveillance de l’état de santé des populations ;
  • la veille sur les risques sanitaires menaçant les populations ;
  • le lancement de l’alerte sanitaire ;
  • la préparation et la réponse aux menaces, alertes et crises sanitaires;
  • la promotion de la santé et la réduction des risques pour la santé ;
  • le développement de la prévention et de l’éducation pour la santé.

La réalité fut autre…

C’est François Bourdillon, directeur général de Santé publique France, de 2016 à juin 2019, qui fut le moins imprécis des interrogés. Il faut savoir que cet ancien prof de médecine est désormais à la retraite, ce qui confère une plus  grande liberté de parole. 

Afin qu’on lui trouve un successeur, ce monsieur avait prévenu Salomon de son départ longtemps auparavant. Quand vous saurez qu’il ne fut remplacé qu’en octobre par Geneviève Chêne,  ancien prof de biostatistique et de santé publique, vous commencerez à percevoir le début d’un sérieux problème… alors que l’épidémie avait certainement démarré à l’automne…

Pour la suppléer, ceci explique peut-être l’invention du Conseil scientifique, mal composé sur un plan éthique et médical, ses membres recevant de l’argent de Big Pharma, sauf Didier Raoult qui en partit très vite, et le fait que ces chercheurs ne rencontraient plus de patients depuis très longtemps, ils n’étaient plus vraiment des médecins.

Jusqu’en 2017, les masques, le matériel et les médicaments étaient répartis sur sept sites. Quand le site sécurisé et très contrôlé de Marolles fut achevé tout  y fut rapatrié, pour dix millions d’euros, aux dires du prédécesseur de Salomon, Benoit Vallet, qui occupa ce poste de 2013 à 2018, de Marisol Touraine à Agnés Buzyn.

Consécutivement à une expertise, en octobre 2018, l’on s’est aperçu que 613 millions de masques étaient  périmés ou abimés, du fait d’une mauvaise conservation sur les sites précédents, certains étant très anciens. Le stock utile tomba ainsi à 100 millions.

Puis, sur conseil du ministère de la Défense, advint un changement de doctrine, le ministère de la Santé ne gérant plus que des masques pour la population. Désormais, il revenait aux hôpitaux, entreprises, médecins et soignants libéraux… de se procurer leurs masques chirurgicaux et FFP2. En bref, l’équipement et la gestion des masques étaient transférés à l’employeur, dans un cadre normal. C’était sans penser à une épidémie brutale.

 « C’est une vision comptable qui a prévalu ces dernières années » déclara en début d’épidémie le président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, «pour 15 millions d’euros, on est en train de fragiliser tout le système de santé.» 

« Si la situation est aussi grave à l’hôpital c’est parce que nous enchaînons les plans d’économie : année après année, on supprime des lits, des postes, c’est ça qui est dramatique. 3 500 postes supprimés en quatre ans, 100 000 lits qui ont été fermés ainsi que 95 services d’urgence en vingt ans. Depuis dix ans, c’est la même irresponsabilité des gouvernants qui ont raisonné uniquement en termes budgétaires et pas en termes de sécurité sanitaire de la population » dénonça le porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, Thierry Amouroux.

 En août 2018, Santé publique France reçut un rapport préconisant le stock d’un milliard de masques, dans l’hypothèse d’une importante épidémie grippale touchant 20 millions de Français. Le directeur général en avisa aussitôt Salomon par courrier, soulignant le manque crucial de masques. Le ministère de la Santé, par souci d’économie, ordonna une première commande de 50 millions de masques, ne reconstituant donc pas le stock stratégique. Il est étrange ce Salomon. En 2017, pendant la campagne, il rédigea pour Macron une note générale sur la Santé et alarmiste quant à l’état des stocks stratégiques en matériel et médicaments. Promu directeur général de la Santé, «ce grand homme de sécurité sanitaire», selon François Bourdillon,  devint amnésique…

Pourtant,  après le 11 septembre 2001 et la crise du SRAS, une doctrine américaine s’est imposée partout, la doctrine du preparedness, soit « le fait de se préparer à… ». Ce peut être une attaque bioterroriste ou une pandémie. Cette doctrine  préconise l’élaboration de différents scénarios pour gérer les crises sanitaires. Il ne faut donc pas attendre la menace mais s’y préparer. Une doctrine qui semble ne jamais avoir atteint le sol français… 

Si l’agence Santé publique France  se charge des achats, elle ne le fait que sur instruction du ministère de la Santé. Selon  madame Chêne,  fin janvier 2020 restaient  70 millions de masques chirurgicaux pour adultes,   un nombre bien insuffisant pour affronter la crise. 1 million de masques FFP2  aurait été commandé fin janvier, 300 millions de masques (sans précisions), en février, 200 millions le 9 mars, puis d’autres fin mars, pour atteindre 2,1 milliards.  Aucune précision quant aux livraisons effectives…

Quand la commission d’enquête lui a demandé communication des preuves afférentes à ces achats, comme Salomon et Edouard Philippe, elle se retrancha derrière «le secret des affaires»… Mediapart et l’avocat d’un syndicat de médecins se sont vus aussi opposer le même refus, cependant, maître Di Visio qui réclame ces preuves depuis la mi-mars, et qui a déjà déposé plusieurs plaintes, n’entend pas en rester là.  Ce refus obstiné de communiquer ces pièces dissimule très probablement d’autres mensonges éhontés du gouvernement.

A l’instar  d’Olivier Véran nous  racontant qu’il y avait certes des masques mais hors d’usage, se servant, pour mieux nous berner, de ce qui était advenu  deux ans plus tôt…

En grand secret, puisque nous n’en fumes point avisés, Santé publique France lança une première alerte Covid vers ses relais en province le 10 janvier 2019.  Agnés Buzyn osait alors dire: «le risque est pratiquement nul car la ville (Wuhan) est isolée ». Le 26 janvier, elle précisa : »Nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées. Si un jour, nous devions proposer à telle ou telle population ou personnes à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin. »

Ridiculement  larmoyante, elle démissionna le 17 février, déclarant à Télématin le 3 mars: « j’ai préparé l’arrivée (du Covid) bien avant qu’il arrive en France », assurant que stocks divers dont les masques « avaient été vérifiés en amont et des commandes lancées.»

 Macron et ses sbires voulaient absolument la tenue des Municipales le 13 mars. Pour suppléer les carences gouvernementales, Edouard Philippe réquisitionna l’ensemble des masques du territoire, via deux décrets juste avant le premier tour, les pharmaciens eurent interdiction d’en vendre… angoissant plus encore la population.  Le 16 mars, vous fûtes « enfermés ». Pour l’avoir subie, vous connaissez la suite des errements, incohérences et autres bobards… Du masque totalement inutile  jusqu’à l’obligation du masque « grand public » dans les transports. et autres ailleurs…

Quant à la reconstitution du stock stratégique de masques, matériel, médicaments…  tout nous porte vers un doute justifié.

Comme dirait Sibeth: « vous savez quoi? »: désormais, il y a aussi pénurie de gants!

 

Sybilline Bavastro

  

 

https://www.youtube.com/watch?v=sZXrw1rX8I4

 

Comments: 3

Laisser un commentaire