Assez de manœuvres ! Seules des élections peuvent rétablir la confiance !

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Alain Peyrefitte avait bien posé le problème. Une démocratie libérale ne peut être fondée sur la méfiance. Elle doit reposer sur la confiance. Que certaines mentalités nationales, prédisposées par la religion dominante ou traditionnelle, facilitent ou non cet état d’esprit, comme le pensent les sociologues à la suite de Max Weber, explique les différents styles de démocratie libérale. L’histoire joue également un grand rôle. Mais, lorsque la méfiance l’emporte sur la confiance, lorsque la défiance d’une large partie de la population à l’encontre du pouvoir, et plus généralement des institutions, s’installe à demeure dans une nation, il faut avoir la lucidité de dire que la démocratie est en péril.

Or, le pouvoir actuel n’a pas pris conscience du fait que son arrivée était due à une grave crise de confiance. La plupart des démocraties connaissent à la fois la stabilité des institutions et l’alternance des politiques en charge du gouvernement. Celle-ci, en fonction du mode d’élection, se fait par le passage de l’opposition au pouvoir, ou par une composition différente du gouvernement. Lorsque l’alternance déçoit systématiquement, il est encore possible qu’une nouvelle force politique vienne prendre le relais, sans remettre en cause ni la constitution, ni les institutions en général. Cela s’est produit par exemple entre les deux guerres au Royaume-Uni, quand les travaillistes ont remplacé les libéraux face aux conservateurs. Cette évolution a lieu en ce moment même dans plusieurs démocraties occidentales confrontées à l’irruption du populisme, et qui, naturellement, lui font une place dans le système.

La France a pris un chemin tout différent qui se révèle aujourd’hui une impasse. Le Rassemblement National a été considéré par tous les autres grands partis comme un pestiféré. Un « cordon sanitaire » a été établi qui a conduit à cette aberration d’une alliance de fait entre des politiciens qui ne devraient avoir aucune idée commune, entre des socialistes et des « libéraux-conservateurs », plutôt que de laisser à un parti qui regroupe plus ou moins un quart des électeurs la conduite d’une région. Lors de la dernière élection présidentielle, les Français n’ont pas retenu le choix d’une alternance claire, mais n’ont pas choisi non plus l’offre la plus hostile au système, jugée trop dangereuse. Ils se sont donc retrouvés avec un Président qui leur promettait, lui-aussi, de remettre en cause le système, mais avec le sérieux de la compétence. Deux ans plus tard, ils constatent leur erreur, ils s’aperçoivent à quel point ils ont été bernés. Celui qui les dirige est l’incarnation absolue du système : enfant de la bourgeoisie, issu de la couveuse idéologique de la gauche progressiste et mondialiste, énarque, inspecteur des finances, technocrate et banquier, dénué du moindre mandat détenu grâce à une élection avant d’être élu président, mais ayant déjà exercé le pouvoir à l’ombre de ses amis socialistes. Lorsque sa majorité politique a pris forme, elle a ressemblé à une caricature du système. C’était l’addition des opportunistes venus du socialisme et des républicains, des « sachants » volontiers pleins de mépris pour le peuple, et d’un éventail minoritaire pour satisfaire le politiquement correct, c’est-à-dire l’idéologie dominante, notamment dans les médias. Et évidemment, la politique menée a été perçue comme la pire que beaucoup de Français pouvaient craindre. C’est le matraquage fiscal des classes moyennes, et sans croissance notable. C’est le renforcement des exigences à l’égard du « Français moyen » et le laxisme par ailleurs. C’est l’autorité narcissique en haut et l’indifférence à l’opinion populaire. C’est même l’étalage des copinages, du favoritisme, et des goûts personnels, qu’on n’avait jamais connu depuis Mitterrand, plus discret sinon cachottier. Rien d’étonnant à ce que la méfiance soit aujourd’hui largement majoritaire !

Voilà de longs mois que les discours du pouvoir sonnent faux ! Le discours d’autosatisfaction de Castaner en donnait hier la parfaite illustration : flanqué de Nunez, lui-aussi robotisé, il lisait mécaniquement une déclaration pour se féliciter que « ses » consignes avaient cette fois été respectées, ce qui expliquait la réussite de la journée. Il ne faut pas être grand psychologue pour comprendre que ce rôle de défenseur de l’ordre relève chez lui de la composition. Il n’est là que dans la mesure où sa faiblesse personnelle est une garantie de docilité pour l’homme à qui il doit tout. Tiens, les black-blocs ne sont pas venus, cette fois dans la capitale et les moyens employés ont été, comme depuis des mois, considérables, sans doute au détriment de la sécurité « au quotidien ». L’important n’est pas là : les « gilets jaunes » étaient plus nombreux en France que la semaine dernière, et cela dure depuis plus de quatre mois ! Ni la répression accrue, ni les libertés rognées, ni les provocations orchestrées, ni les reculs politiques, ni l’exutoire du « grand débat » n’en viennent à bout. Le véritable problème est que la confiance entre le pouvoir et la majorité de la population est rompue, et que les méandres de ses tentatives pour la rétablir échoueront parce que la méfiance ne tient plus à ce qu’il fait, mais à ce qu’il est. Seul le retour aux urnes permettra de rétablir une démocratie saine. Sinon, la multiplication des contrôles et des interdictions, la chasse aux hommes et aux idées, la sévérité des sanctions envers des opposants politiques alors que le laxisme règne pour les « droits communs », nous feront passer « en douce » d’un Etat de droit à un Etat policier !

 

Christian VANNESTE

Volontaire d’honneur

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