A mes amis, survivants : Propos de Novembre…

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« Âmes des morts emportez-moi dans votre ronde

Anges morts délivrés qui seuls êtes vivants… »

(Fagus)

– – –

Pourquoi sont-ils tombés ceux-là qui ne sont plus ?

Toi qui t’en revins sauf, quel est donc ton mérite ?

Tous prient pareillement que la mort les évite,

Mais elle choisit ses élus !

 

Mes amis de 20 ans avaient bien sur la bouche,

Le rire de ce temps léger…

La jeunesse emplit de bleu ce qu’elle touche,

Et le temps de vieillir leur semblait étranger…

 

L’heure d’après nous les ramassions dans la fange …

L’orage ainsi parfois ravage le blé vert !

Leurs yeux étaient surpris comme d’un rêve étrange

Ou gisait un monde à l’envers…

 

Bien des ans ont passé, mais je revois encore,

Tels des coquelicots dans les moissons,

La pourpre de ces fleurs qui s’en viennent éclore,

D’un seul coup, à contre-saison…

 

Fleur du sang déchaîné que le cœur abandonne,

Et qu’avide la terre boit,

Ainsi voit-on saigner lorsque se meurt l’automne,

Les houx, et les feuilles des bois…

 

Moi qui suis revenu, j’ai parfois presque honte

De me sentir, quoiqu’invaincu,

Si peu capable de bâtir en fin de compte

Ce qu’ils auraient construit s’ils avaient survécu !

 

Je songe aux vieux parents qui, bien plus que par l’âge

Se sont courbés de tant d’avenirs effacés,

Aux petits-fils dont ils ont perdu l’héritage,

Aux hivers décontenancés…

 

Et toi, qui te sens plein de force et d’assurance

Pour avoir déjoué le sort,

Demande-toi quelle serait ton espérance,

Si ton fils ne revenait point d’entre les morts !

 

Chacun garde l’espoir d’échapper à l’épreuve,

Mais toi, tel que tu t’ès aventuré,

Laisse trembler ton cœur pour notre terre veuve

De ces enfants pour qui les mères ont pleuré…

 

Et ne laisse jamais, l’oubli, pareil aux ombres,

Tuer une seconde fois ceux qui sont morts !

Un peuple sans mémoire est près de l’âge sombre,

C’est dans le souvenir que s’assument les forts !

 

Les morts ? Qui sait s’ils n’ont pas payé par avance

Les grappes d’aujourd’hui que le soleil dora ?

Si nous ne portons pas le poids de leur absence,

Leur songe, qui l’incarnera ?

 

Toi qui fus épargné, il te reste une marge

Pour accomplir le mieux qu’ils avaient projeté,

Allons, reprends leur sac, et tire de sa charge,

Les semailles d’hiver vers les soleils d été.

 

Alexis ARETTE : Commandos du Nord-Vietnam.

(Les enfants de l’obstacle)

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