A la pêche ou aux urnes ?

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C’est l’histoire d’un mec, qui osait dire : « Voter, ça ne sert à rien, sinon, il y a longtemps que ça serait interdit… ». La formule a beaucoup fait rire, enfin, pas tout le monde quand même. Et le pauvre est mort d’un accident routier, un accident aussi imprévisible qu’un incendie de cathédrale… C’est vrai, voter ne sert à rien. Mais c’est un peu comme le baccalauréat : le bac ne sert à rien, il n’a aucune valeur, mais si on ne l’a pas, ça peut devenir un peu handicapant.

Normalement, le vote est censé permettre de trouver des compromis qui vont satisfaire un maximum de gens d’une population ou d’un groupe donné, soit par une réponse à une question précise – ou qui devrait l’être, soit à la nomination de personnes susceptibles de prendre des décisions concernant le Bien Commun, ce que tout un chacun n’a pas loisir de s’occuper, soit par méconnaissance, soit par manque de temps, soit par manque d’intérêt. Sur le principe – ou sur le papier, c’est très bien, dans la réalité, il en est tout autrement.

Ce système de décision collectif s’appelle normalement « démocratie », et le régime qui l’utilise, s’appelle « république ». Pour le malheur de l’humanité, ce mode de fonctionnement a été complètement dévoyé – car très vulnérable, et à l’heure actuelle, il n’y a pratiquement plus de nations au monde qui l’utilisent, à la rigueur deux ou trois, et encore… Certes, la plupart des états s’en réclament, pourtant il n’en font usage que par simulacres, et le pire, c’est que les appelés aux urnes ne s’en rendent pas forcément compte. Dans notre douce France, là où il fait si bon vivre dans une insécurité aussi croissante que les taxes, main basse a été faite sur le vote, tant et si bien que la chose n’a plus de sens.

Premier constat évident : le vote a été accaparé par les partis politiques, en clair, sont proposés aux suffrages, des politiciens de métier, gens très et trop souvent incompétents, n’ayant jamais travaillé dans la vraie vie, n’ayant eu aucune responsabilité réelle, n’ayant jamais produit un seul centime de richesse, et dont le seul programme est le baratin qu’ils distillent à longueur de média. Ils se font en public une guerre intense entre-eux, dans un cinéma invraisemblable, tout en entretenant, au fond, une réelle connivence pour profiter et vivre grassement sur le dos des gogos qui les élisent. A l’occasion, ils savent fort bien s’unir, surtout face à des forces ou des courants qui pourraient nuire ou limiter leurs sinécures, et au besoin, ils appellent ça « le front républicain », union censée barrer la route aux forces du mal, eux étant les gens de bien, cela s’entend. Ils affichent parfois des pudeurs de rosières, certains osant dire qu’il faut aller voter avec une pince à linge sur le nez… Mais le plus drôle, c’est quand un membre de leur camp change d’étiquette pour aller sous une autre à peu près similaire, le mutant est considéré comme traître, et indigne de la fonction et du parti qu’il occupait. Voilà donc des comportements assez particuliers qui montrent des jugements à géométrie variable, mais si largement utilisés chez nos manœuvriers politiques dans un folklore totalement impudique.

Les slogans électoraux frisent souvent la bassesse ou l’imbécillité, c’est selon. On entend des incitations extraordinaires, genre « voter utile », ce qui prouve que le vote inverse est nuisible, ou à la limite, inutile. On a aussi le fameux « voter pour le moins pire », et là, on ne peut que s’étonner que des électeurs souscrivent à pareille imbécillité : si ils sont tous mauvais, pourquoi un choisir un dans le tas ? A première vue, le vote étant encore secret, personne n’est obligé de mettre un nom, et un bulletin blanc est encore possible, certes, il sera comptabilisé mais pas crédité pour autant, mais l’électeur aura clairement dit qu’il n’approuvait absolument pas le choix imposé, et qu’il le refusait. Mais au fond, on ne demande pas à l’électeur de choisir, on lui demande simplement d’élire ce que l’on veut bien lui présenter, c’est-à-dire, d’adouber un individu qui ne se souciera comme d’une guigne des intérêts des imbéciles qui l’auront investi, ou encore d’approuver telle ou telle folie que l’on veut faire passer en force, quitte à ne pas tenir compte du résultat électoral si il se trouvait en non-conformité avec les souhaits des émetteurs, et de le détourner.

Il est évident que tout le monde ne se satisfait pas de ces pratiques éhontées, beaucoup sont révoltés par ces pratiques de magouille. Cependant, les ripostes ne sont pas forcément les bonnes, et certains préfèrent aller à la pêche plutôt qu’aux urnes les jours de vote. Cette attitude peut se comprendre quand on en arrive à un haut niveau d’écœurement, mais ce n’est probablement pas la meilleure.

L’abstention est une manifestation sans équivoque du désintérêt participatif, cependant, et par son absence, le non-votant donne, de fait, clairement son adhésion au mandat qui sortira des urnes, et quel qu’il soit, au fond, c’est du genre « je me moque du résultat, ils sont tous pourris ».

Au final, l’abstentionniste aura fait en sorte que les choses continent comme avant et donc, qu’il les approuve, d’une certaine façon. Une certaine lâcheté, au fond…

Roger FER

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