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Hommage à Ivan Blot

prononcé par le général Antoine Martinez, le 29 juin

à l’occasion des Rencontres de Montauban (29 et 30 juin) organisées par les Volontaires Pour la France

Chers amis, chers compagnons,

Après ces quelques mots d’accueil et de remerciements à vous qui, par votre présence ici, confirmez votre engagement et votre détermination pour ce combat essentiel que nous menons, je débuterai mon propos, comme cela était annoncé dans notre programme de ces Rencontres de Montauban, par un hommage à Ivan Blot, notre compagnon de route dont l’action mérite d’être rappelée. C’est pour moi non seulement un devoir mais un besoin.

Le 10 octobre 2018, cette nouvelle terrible que nous redoutions tombait et nous jetait dans l’effarement, le désarroi et la peine : Ivan nous quittait après avoir livré pendant plusieurs mois et de façon héroïque son dernier combat, un dernier combat imposé à l’homme et duquel ce dernier ne sort jamais vainqueur mais peut cependant sortir grandi.

C’est bien l’image que nous lègue Ivan, celle de l’homme grandi au moment crucial, tel le héros car jusqu’au dernier moment il a utilisé la plume, cette arme privilégiée au service de la pensée qu’il affectionnait particulièrement, pour livrer ses dernières réflexions. Tel le soldat, il est monté à l’assaut pour la dernière fois avec la ferme volonté de délivrer son dernier message car il considérait que c’était son devoir. Cette ultime démarche, exemplaire à plus d’un titre, trouve d’ailleurs une explication dans son histoire personnelle.

Il a, en effet, toujours éprouvé un grand respect, voire une certaine admiration pour le militaire et pour ce qu’il représente et ce d’autant plus que son père était officier de marine, engagé dans la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier a représenté à n’en pas douter – il suffisait d’écouter Ivan lorsqu’il l’évoquait – l’un de ses héros à qui il vouait un véritable culte. D’ailleurs, ce père, ce héros, présent sur un tableau accroché à l’un des murs du domicile familial apparaît sur la toile, en uniforme et semble, dans une pose à la fois altière et bienveillante, montrer à son fils le chemin du devoir. Peut-être, probablement même, est-il en fin de compte à l’origine de la carrière de Ivan et de son engagement constant pour la défense de notre patrie et de notre civilisation.

Et il l’a donc rejoint à présent, nous laissant là, temporairement, de l’autre côté du chemin.

Cela dit, se savoir mortel est probablement ce qui fait la grandeur de l’Homme qui, face à sa condition, qu’il soit croyant ou pas, sait trouver et donner un sens à sa vie. C’est précisément ce que Ivan a su faire avec brio.

Pour nous, ses compagnons de route, récents ou plus anciens, qui l’avons connu, il a su, au-delà et bien au-delà de sa vie politique et familiale, se mettre au service d’une cause noble et juste en servant l’Etat et la nation, en servant jusqu’à son dernier souffle cette France, cette patrie charnelle que nous aimons par dessus tout.

Chacun de nous a perdu un ami, mais sa disparition constitue également une perte dramatique pour beaucoup de Français attachés à la défense et à l’affirmation de notre héritage historique, spirituel et culturel, un combat qu’il a mené obstinément et avec conviction pendant des décennies, lui qui tenait à la fois du politique et du philosophe. Car au-delà de son expérience politique riche, il était un homme de grande culture, érudit, attaché à la culture grecque, engagé dans un combat permanent pour la culture européenne, un intellectuel combattant sans relâche pour notre patrie et notre civilisation.

C’est pourquoi nous lui témoignons toute notre gratitude et notre admiration, gratitude et admiration d’autant plus méritées que jusqu’au bout il a voulu alerter sur les menaces qui pèsent sur les peuples européens et en particulier sur le peuple français. Et le dernier des articles écrits sur son lit d’hôpital témoigne de ce qu’a été sa vie consacrée à la défense et à l’illustration des peuples européens et de leur culture. Nous en retiendrons une phrase terrible à l’adresse de nos élites politiques et en particulier à ceux qui ont exercé hier et à ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir :

« Les individualistes occidentaux ignorent le collectif et la notion de capital culturel ou social. Pour eux, l’individu né orphelin n’a pas d’enfants et reste célibataire ! Les notions de famille, de nation sont ignorées ! Les gouvernements individualistes sont donc indifférents à la disparition de leur peuple. Ils sont coupables de génocide par indifférence ! ».

Ils sont coupables de génocide par indifférence ! Le constat est effarant et accusatoire à l’égard de nos élites politiques incapables de comprendre les véritables enjeux et menaces qui pèsent sur notre pays et sur l’Europe. Incapables et incultes en matière de géopolitique, et lâches devant l’évidence du drame qui est en train de se jouer. J’aurais tendance, pour ma part, à être encore plus sévère à l’égard de ceux qui se réclament de ces élites politiques : ils sont coupables de génocide par lâcheté et par manque de courage, voire par trahison de la nation française car soumis à l’idéologie mondialiste. Ce constat nous impose donc de poursuivre le combat de Ivan, ce combat qui est le nôtre. Car il n’y a pas de fatalité, pas de déterminisme, pas de sens de l’Histoire. Seuls les combats qu’on ne mène pas sont définitivement perdus. Rien n’est impossible à condition qu’une volonté se manifeste car s’il y a une volonté, il y a nécessairement un chemin. Et le chemin c’est celui que Ivan nous a montré notamment dans l’un de ses ouvrages, « L’homme héroïque ».

Si je devais, en effet, résumer sa personnalité et son action, je crois que je l’illustrerais par cet ouvrage « L’homme héroïque » parce qu’il traduit assez bien le combat qu’il a mené toute sa vie et que son combat est définitivement héroïque. Comme il l’écrivait, l’histoire des civilisations est rythmée par l’action des héros. Mais nos élites cosmopolites ont tourné le dos aux vertus héroïques. Les décadences historiques qui mènent à la soumission sont liées à la disparition de cet idéal. Pour Ivan Blot, l’héroïsme doit être réhabilité pour que toute la nation, et notamment sa jeunesse, participe à la lutte pour sa survie. Et l’histoire montre que cet idéal est lié au sentiment du sacré. L’héroïsme au service d’une cause sacrée mobilise les énergies parce que, comme l’a dit Charles Péguy : « le spirituel est couché dans le lit du charnel ».

Ce résumé de sa personnalité et de son action sont probablement réducteurs de sa pensée fort riche et de l’action qu’il a menée tout au long de sa vie. Mais je suis certain qu’il l’approuverait avec la bienveillance et l’amitié dont il faisait preuve dans les relations qui étaient les nôtres depuis notre rencontre et en particulier depuis que nous avions accepté d’assurer la coprésidence des Volontaires Pour la France, organisation patriotique apolitique qui s’appuie sur deux piliers complémentaires, influence et résistance, et dont la vocation est de défendre l’identité française – et donc l’héritage historique, spirituel et culturel qui est le nôtre – et de combattre l’islamisation de la société française et européenne.

Notre rencontre avec Ivan est le fruit d’une évidente similitude de bien des traits de nos personnalités respectives différentes mais guidées par le service de l’Etat, l’amour de la France – notre patrie charnelle – et l’avenir de la nation française. Nos préoccupations, nos réflexions et nos tourments ne pouvaient que nous rapprocher.

Notre engagement dans ce combat par l’écriture, une arme aujourd’hui indispensable au service de la reconquête nécessaire des esprits qui ont perdu toute conscience d’appartenir à un grand peuple et oublié l’importance de l’héritage historique, spirituel et culturel que nous ont légué ceux qui nous ont précédés, certains en sacrifiant leur vie sur les champs de bataille témoigne de cette nécessité. Car l’abandon de notre héritage commun a été favorisé au profit d’une vision consumériste et matérialiste de la société qui a annihilé toute capacité d’appréhender les enjeux et les véritables menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir de la nation et de son unité.

L’écriture reste donc une arme – ce n’est évidemment pas la seule – privilégiée pour lutter contre l’oubli de notre souveraineté, contre cet abandon coupable de nos racines, une arme d’influence et de résistance capable de réveiller les consciences pour engager un processus de réappropriation et de réaffirmation de nos valeurs, de nos traditions, de notre mode de vie, en un mot de notre identité. La plume rejoint donc l’épée, traduisant ainsi l’engagement dans ce combat vital pour l’avenir de la France aujourd’hui. Et Ivan a été exemplaire dans ce combat puisque sa plume éclairante l’a conduit à publier plus de vingt ouvrages qui révèlent et témoignent de la constance de son engagement et de son action consacrés à la défense et à l’illustration des peuples européens et de leur culture. Beaucoup de ses écrits sont marqués par l’évocation de l’identité française et de l’identité européenne car il s’attachait aux racines. Profondément européen dans sa culture et son identité, on a pu dire de lui qu’il était « un européen d’expression française ». Cependant, le contexte général de l’époque au cours de laquelle il a mené son combat politique et intellectuel lui était plutôt hostile car cette époque était marquée – et est toujours marquée – par une incompréhensible repentance manifestée par une Europe moralement affaiblie depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Ivan rejetait de toutes ses forces cette Union européenne qu’il considérait comme un système anti-démocratique incapable de protéger les citoyens européens et les privant de leur souveraineté et donc de leur destin. Cette Union européenne, technocratique, n’a rien de commun avec l’Europe dont il se sentait profondément l’héritier. Cette Europe dont Paul Valéry disait qu’elle est ce territoire privilégié peuplé d’hommes qui ont donné au monde la plupart des inventions et des progrès techniques. Cette Europe ou plus exactement cet Esprit européen extraordinaire. « Aucune partie du monde n’a possédé cette singulière propriété physique : le plus intense pouvoir émissif uni au plus intense pouvoir absorbant. Tout est venu à l’Europe et tout en est venu. Ou presque tout. » Et ce sont précisément les valeurs de cet Esprit européen hors pair et de cette civilisation sans égale qu’il défendait qui se trouvent aujourd’hui menacées de mort par la faute de responsables politiques qui, par leur manque cruel de clairvoyance et de courage, ont favorisé l’aggravation de son déclin.

Ivan Blot avait su dénoncer avec pertinence cette trahison de ces élites politiques coupées du peuple et son esprit brillant a su non seulement identifier, analyser et exposer les facteurs de ce déclin, voire de la décadence occidentale, mais préconiser l’adoption d’orientations propres à corriger cette dérive.

Alors, Ivan Blot, apôtre du culte du héros qui est pour lui le témoin de l’existence même de la patrie et du caractère sacré de cette dernière a œuvré toute sa vie pour la défense et la promotion de la civilisation européenne et pour la France. Il a suivi, en fait, le chemin emprunté par son père qu’il a rejoint trop tôt et qui doit être fier de son fils. Il a fait partie de ces rares Français qui ont rendu des services éminents à la France et auxquels la nation témoigne habituellement sa reconnaissance. Sur ce point, il a plutôt été oublié en raison probablement de sa franchise sur les méfaits d’une immigration de masse incontrôlée et de son opposition à l’idéologie mondialiste. Son parcours et son action le placent pourtant parmi les enfants de la nation les plus méritants.

Il avait déjà compris dès la fin des années quatre-vingts que l’immigration deviendrait un sujet politique majeur et incontournable, ce qui le conduisit à rompre logiquement avec le RPR qui abandonnait – déjà – sa ligne idéologique dans ce domaine. Mais, au-delà de l’exercice de ses fonctions politiques et du service de l’Etat, c’est surtout son travail intellectuel qui a été au cœur de sa vie. Et avec la vingtaine d’ouvrages publiés, le vaste champ couvert par sa pensée lucide et brillante reste marqué par quelques thèmes dominants comme la philosophie de l’antiquité gréco-romaine, l’histoire des idées et de la réflexion politiques, la défense et l’éloge de la démocratie directe. Il s’est également intéressé à la Russie publiant même un ouvrage (« La Russie de Poutine ») dans lequel il montre comment le président russe, en réhabilitant le patriotisme, la famille et les traditions – thèmes plutôt ignorés sinon oubliés par ses homologues occidentaux – a réussi à redonner la fierté à ses compatriotes et une place à la nouvelle Russie dans le concert des nations.

Ivan Blot a été un chantre résolu de la civilisation européenne dont il se sentait charnellement héritier. Il a, en effet, consacré sa vie à défendre son héritage aujourd’hui, plus que jamais, menacé par l’idéologie mondialiste des oligarchies financières destructrice des identités des peuples. Il aura été un contributeur important du renouveau de la pensée philosophique et politique conservatrice en France.

Ce sont précisément ces qualités et ces convictions d’humaniste attaché à ses racines civilisationnelles et engagé dans la défense de son héritage historique, spirituel et culturel qui ont conduit les compagnons des Volontaires Pour la France à le solliciter pour prendre la coprésidence de cette jeune organisation, ce qu’il a accepté avec enthousiasme. C’était l’un de ses derniers engagements au service de cette France éternelle que nous avons célébrée à l’Arc de Triomphe à Paris, le 22 septembre 2018, cérémonie à laquelle il n’a malheureusement pas pu participer car cloué sur son lit à l’hôpital.

Cette rencontre avec les Volontaires Pour la France n’est finalement pas un hasard car la cause défendue par cette jeune organisation patriote épouse, sur bien des points, celle qu’il a plaidée durant des années et jusqu’à son dernier souffle. Il était donc tout naturel qu’il acceptât de répondre à cette sollicitation des fondateurs des Volontaires Pour la France.

Mais Ivan nous a quittés prématurément et sa disparition est intervenue à un moment crucial, à la veille de la révolte des Gilets jaunes qui couvait mais qui a surpris des dirigeants politiques hors-sol. Et cette révolte trouve, en fait, sa source dans le malaise existentiel provoqué par le déclin de l’Occident et en particulier de l’Europe évoqué par Ivan Blot. Si ce mouvement de colère et de révolte lancé par les Gilets jaunes s’exprime par des revendications contradictoires il est porteur cependant d’une revendication majeure qui fait consensus au sein de tous ses courants, à savoir le référendum d’initiative citoyenne.

Or, Ivan Blot n’a jamais cessé de prôner le référendum d’initiative populaire et son expérience de haut-fonctionnaire et de parlementaire l’a même poussé à publier un ouvrage en 2012, « La démocratie directe, une chance pour la France ». Il nous a malheureusement quittés quelques semaines trop tôt pour voir l’un de ses combats mené durant des années s’inviter au premier plan de l’actualité grâce à l’action de citoyens révoltés qui, face au mépris des oligarques, réclament le référendum d’initiative citoyenne. C’est un peu une victoire posthume de Ivan Blot qui menait un combat visionnaire.

A nous, les Volontaires Pour la France de poursuivre son combat qui doit être mené par l’ensemble des peuples européens aujourd’hui menacés pour réorienter l’Europe sur un objectif primordial qui conditionne son avenir, c’est à dire le droit légitime des Européens à la continuité de leur civilisation et de ses racines, Athènes, Rome et Jérusalem. L’identité et la souveraineté constituent deux thématiques que nos dirigeants politiques ne veulent, en effet, ni traiter ni aborder alors qu’elles sont essentielles.

En rejoignant les Volontaires Pour la France, Ivan Blot avait perçu l’intérêt de cette alliance entre la plume et l’épée pour que résistance et influence ne fassent plus qu’un afin de mener enfin de la souffrance et de l’espoir à la reconquête et à la victoire. Et son dernier engagement aux côtés de nos compagnons Volontaires traduit bien cette prise de conscience qui nous est commune de la nécessité, devant l’urgence, de franchir une nouvelle étape dans la défense de la civilisation européenne et de nos valeurs. Son dernier engagement constitue, en fait, l’aboutissement d’un combat engagé depuis des décennies pour défendre notre civilisation aux racines gréco-latine et judéo-chrétienne, aboutissement annonciateur d’espoir et de renouveau. Alors que la démocratie est en panne, que l’Europe est agressée par une immigration de masse qui nous est imposée par l’idéologie mondialiste des oligarques qui nous gouvernent, que la France est à l’abandon et que la République est corrompue car livrée aux forces de l’étranger et de la finance apatride, les Français doivent à présent, même dans la souffrance, prendre ce chemin, le chemin de la résistance et de la reconquête pour que la France libre renaisse. Avec son dernier engagement, Ivan Blot nous montre le chemin du salut par lequel la France renaîtra. A nous de suivre ce chemin. Au peuple de France de suivre ce chemin de reconquête préalable à la victoire. Et je terminerai cet hommage à Ivan par cet appel à suivre ce chemin et en le citant :

« C’est du peuple que viendra le salut car il souffre de l’invasion et seule la souffrance rend sage. Elle est la graine de l’espoir et de la victoire »

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