Derrière le masque

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Pourquoi certains hommes de pouvoir s’imaginent-ils conquérir l’âme de leurs hôtes en endossant les habits traditionnels du pays invitant ? L’Histoire nous en fournit quelques beaux exemples.

En tête de liste Napoléon ou plutôt le général Bonaparte. A 20 ans, cet officier ambitieux, qui a lu le Coran écrira même une nouvelle : le masque prophète. (Si ! Si ! C’est vrai).

Nous sommes en 1798 et ce général bien encombrant à Paris, envoyé par le Directoire au-delà des mers, arrive en Egypte avec son armée pour chasser les Mamelouks de l’empire Ottoman qui terrorisent les populations musulmanes depuis de nombreuses années. Pour s’attirer l’adhésion de ces populations, Bonaparte se met à porter le costume oriental et notamment à la grande fête du Nil, en 1798, en présence de son état-major qui éclate de rire. On le nommera pourtant le « Sultan El Kébir » au grand dam de SELIM III, sultan de l’empire Ottoman. Le Conseil du Diwan ou Conseil turc, lui attribuera même le titre d’Ali-Bonaparte. Cela ne l’empêchera de faire de sa campagne d’Egypte (1798-1801) un véritable désastre avec 33 000 morts, marins et soldats confondus, sur les 55 000 embarqués dans cette expédition.

Plus proche de nous, l’Ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor, qui prendra part à la fête islamique commémorant la naissance de Mahomet, le 9 novembre 2019 à Kairouan « fasciné par l’évènement religieux » Il enfilera lui aussi les habits orientaux pour la circonstance. Il est vrai que « sa fille est musulmane » et que « l’Islam est la deuxième religion en France ».

Au Canada, nous ne sommes pas en reste avec cette manie de « se déguiser » avec les costumes des pays visités. Ainsi, durant le séjour du premier Ministre canadien du 17 au 23 février 2018 en Inde, Justin Trudeau et sa famille (épouse et 2 enfants) porteront les habits traditionnels des régions indiennes traversées, accompagnés des gestes inhérents à ce pays.  Même si le gouvernement souligne que des résultats significatifs (sic) ont été obtenus entre les deux pays, il n’en sort pas moins que ce séjour fut considéré comme un « échec total » et notamment à cause des habits portés. Les photos ont fait le tour du monde et le Canada est devenu la risée de bien des gouvernements étrangers. Justin Trudeau affirmera même, plus tard, que ce voyage controversé était son plus grand regret de 2018. Le peuple canadien, lui, s’en souviendra.

Néanmoins, toutes ces situations ont fait resurgir dans ma mémoire le souvenir d’un souper – bien sûr avant le coronavirus – avec des amis québécois. Sachant que j’habitais en France, il y a encore 20 ans, ces convives savaient que je m’intéressais toujours à l’avenir du pays et sans doute … à sa descente aux enfers. L’un d’entre eux, éminent professeur de français au Québec et amoureux de la langue de Molière, s’approcha de moi et me dit :

-Dans quel costume vos compatriotes français voient-il leur Président ?

– Ils le surnomment Jupiter, je crois ! lui répondis-je.

– Vous n’y êtes pas du tout ! me dit-il en éclatant de rire. Sa soumission à la Turquie, son air important et son arrogance feraient de lui le plus grand et le plus beau des MAMAMOUCHIS !

Puis se rapprochant de mon oreille, il me susurra :

-Au bal masqué, ohé ! ohé, Au bal masqué ! Devinez, devinez qui je suis ?»

Pertinent ce professeur ! et je me désespérais alors de ne pas être caricaturiste.

 

Patrice Sautereau du Part

Correspondant VPF Québec- Canada

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